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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/371

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Pour qui préparerait un coup de main, un tel homme serait précieux. Le seul péril, ce serait qu’il travaillât pour lui. En ce temps-là, Hoche, réduit à l’inaction, méditait un projet caressé par lui depuis longtemps, celui d’atteindre, par un débarquement en Irlande, l’Angleterre demeurée notre ennemie. Sous prétexte de forces à diriger vers la côte, ne serait-il pas possible de détacher de l’armée de Sambre-et-Meuse deux divisions environ, de tracer la ligne d’étapes de telle façon que cette ligne se rapprochât de la capitale ? Paris serait l’objectif réel et, à l’heure voulue, les troupes s’y porteraient par une, brusque conversion. Ainsi pensa Barras.

Hoche, semble-t-il, se prêta à tout. Les corps quittèrent leurs cantonnements. La destination apparente serait Brest. Un examen, même médiocrement attentif, eût inspiré quelques remarques suggestives. La petite armée comptait quatre régiments de cavalerie, ce qui était fort à propos pour balayer des factieux, mais très encombrant pour un embarquement. A la tête d’une des divisions était le général Lemoine, fameux depuis Quiberon. En route, on distribuait les journaux les plus hostiles au Corps législatif, la Sentinelle, l’Ami des lois ; et les soldats excités se vantaient de « marcher » contre les Conseils. Cependant, les municipalités devaient aménager les logements, les commissaires des guerres assurer les vivres. De là des préparatifs qui peut-être compromettraient le secret. C’est ce qui ne manqua pas d’arriver.

Le 1er thermidor (19 juillet 1797), vers la fin de l’après-midi, les inspecteurs de la salle, — ainsi nommait-on ceux qu’on appela plus tard les questeurs, — furent informés qu’un passage fort important de troupes était annoncé à la Ferté-Alais. Que des régiments fussent de la sorte rapprochés de Paris, il y avait de quoi surexciter les alarmes. L’inquiétude fut d’autant plus vive que le récent remaniement ministériel semblait défi à la majorité. La Constitution défendait tout rassemblement de troupes à moins de six myriamètres de la capitale. Non sans trouble, on mesura les distances. La Ferté-Alais était à cinq myriamètres seulement de Paris. Les inspecteurs coururent au ministère de la Guerre. Le ministre Petiet, déjà remplacé, mais encore en fonctions, n’avait donné aucun ordre. On se rendit au Luxembourg. Carnot était alors président du Directoire. Il répondit qu’il ne savait rien. Il ajouta qu’il donnerait des