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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/360

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souvenirs quand tant de signes heureux annonçaient la paix civile ?

Le rapport était une œuvre, non de combat, mais de transaction ; et l’on put doublement s’en convaincre par l’importance des revendications que Camille Jordan omettait de formuler, par l’abondance des armes qu’il offrait au pouvoir pour sa défense.

En brisant beaucoup d’entraves, on laissait subsister de notables servitudes, comme si on eût eu la crainte d’échouer en voulant trop réussir. Le droit d’acheter ou de louer des temples était accordé aux particuliers ; mais les communes ou sections de communes demeuraient privées de cette faculté. L’interdiction du costume ecclésiastique subsistait tout entière. Toute dotation perpétuelle en faveur du culte était défendue, en sorte que, toute subvention officielle étant abolie, les seules ressources seraient celles des dons manuels et des quêtes. Toutes les manifestations extérieures, processions ou cortèges, demeuraient prohibées ; et Camille Jordan notait, non sans regret, ce sacrifice que les exigences de l’ordre public avaient paru réclamer, mais qui serait douloureusement ressenti par les populations des campagnes. Enfin, rien n’était stipulé pour les ordres religieux, soit que vraiment on les eût oubliés, soit qu’on redoutât, en rappelant leur nom, de réveiller des préjugés mal éteints.

Le même souci d’impartiale modération avait réservé au pouvoir civil toute garantie contre les usurpations. Toutes les églises étaient considérées comme lieux publics, et les représentants de l’autorité y pourraient, toujours entrer, soit pour y pratiquer leur surveillance, soit pour y réprimer les désordres. En dehors des temples, nulle manifestation extérieure n’était autorisée. Enfin, des pénalités, graduées suivant l’importance des délits, frapperaient quiconque, prêtre ou fidèle, critiquerait l’autorité civile ou provoquerait à la désobéissance.

Tel était le pacte de réconciliation, tel était l’édit d’équité et de bonne foi que la nouvelle majorité offrait au Directoire et au pays. Tant de modération unie à tant de franchise, une si noble éloquence, une si pénétrante et si honnête chaleur de conviction avaient soulevé de joie ceux qui étaient déjà conquis, avaient ébranlé ceux qui étaient indécis. Même sur les bancs adverses, les résistances parurent s’amollir. Le rapport du représentant Dubruel sur le rappel des lois de déportation n’était pas prêt. Il fut