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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/310

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d’exercer la charité que de faire qu’elle puisse être, c’est sa vraie manière d’exercer la charité que de créer du superflu. Là où il aura été créé, l’Etat saura bien le trouver, et c’est son office à lui de le prendre, avec mesure. C’est donc l’Etat qui est le vrai aumônier du couvent, le vrai dispensateur d’une charité bien entendue.

Il l’a toujours été du reste. Ses souscriptions, ses subventions aux bonnes œuvres, même locales, ne sont pas autre chose que des charités sociales. Jamais on n’a trouvé étrange qu’il donnât ainsi notre argent. Certes nous le lui donnons pour nous, pour nous protéger, pour assurer nos vies, nos libertés, l’intégrité du territoire où nous vivons, et Thiers, précisément, a raison d’appeler quelque part l’Etat une société d’assurances. Mais nous le lui donnons pour nous protéger d’une façon non stricte et étroite, mais d’une façon un peu générale, non seulement pour donner la sécurité et la liberté individuelle au citoyen valide, mais un peu plus que la sécurité et la liberté au citoyen faible et débile. A celui-là il faut aussi donner un peu d’aide, ne fut-ce que pour qu’il ne nous devienne pas beaucoup plus dangereux ou beaucoup plus à charge, dans les deux cas beaucoup plus onéreux.

Or, le « troisième socialisme » de M. Thiers, le socialisme « qui n’est rien, » c’est la charité sociale, et rien autre. Il raisonne ainsi : Quand il y a un désastre quelque part, incendie, tremblement de terre ou inondation, vous, État, vous envoyez des secours. La Révolution française, qui tient un peu de l’incendie, du tremblement de terre et de l’inondation, a créé pour les ouvriers de la grande industrie une situation, non pas désastreuse, mais difficile. A cela se sont ajoutés le développement du machinisme et la facilité des communications qui ont favorisé, excité la surproduction. De tout cela est résulté une irrégularité dans le travail qui fait de cet ouvrier un être moins heureux, surtout moins stable, plus inquiet et plus anxieux que le paysan, l’employé, le fonctionnaire. Il y a là une classe relativement déclassée, sans qu’il y ait de sa faute. C’est à elle de s’aider d’abord, évidemment. C’est à elle de s’organiser pour la prévoyance de l’avenir, et pour l’aide mutuelle, comme tout groupe qui a des intérêts communs. Mais c’est à vous aussi de l’aider, parce que vous avez un intérêt énorme à ce qu’une classe de la société ne souffre pas trop. C’est à vous de lui créer, à la