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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/302

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qui régit le travail agricole, et tout travail humain ? La différence, qui n’est que de degré, c’est que le travail agricole ne s’arrête pas pour une surproduction, ne triple pas pour une production insuffisante. Il reste sensiblement le même ; seul le bien-être de l’ouvrier agricole en est plus ou moins grand. Mais, comme loi générale, c’est exactement la même chose. Le métier d’ouvrier de la grande industrie est seulement un métier plus dangereux. Celui de mécanicien aussi, celui de marin de même. Parce qu’une classe de la nation a un métier plus dangereux que les autres, on ne peut pas changer les conditions économiques, c’est-à-dire la nature même des choses. Le spectacle du monde nous apprend seulement que, dans les métiers plus dangereux, il faut plus de prévoyance. C’est à l’ouvrier de l’avoir, d’abord ; c’est ensuite aux chefs d’industrie de l’avoir de leur côté, en surveillant avec un soin extrême les signes avant-coureurs de la production insuffisante et de la surproduction pour introduire en conséquence une régularité relative dans un travail nécessairement irrégulier.

On dit :

— Si c’était l’Etat lui-même qui fut unique chef d’industrie, il ne ferait travailler qu’autant qu’il faut pour les besoins de la consommation ; il n’y aurait pas de surproduction, donc point d’arrêt, donc point de chômage, paye seulement plus ou moins forte, ou même, par l’établissement de moyennes, paye égale continue : le problème de l’irrégularité du travail et de l’irrégularité du salaire serait résolu.

— Mais point du tout ! L’Etat n’aurait pas plus que les patrons d’yeux pour voir à l’avance les besoins futurs, ou même prochains, de la consommation. Personne n’a d’yeux pour voir cela, du moins d’une façon exacte. Il en aurait même moins ; car ce qui est le signe du ralentissement ou de l’accroissement de la consommation, c’est le prix débattu, qui baisse ou hausse selon l’offre et la demande. Or, de prix débattu, y en aurait-il avec l’Etat ? Si oui, il serait aussi bien renseigné que les patrons actuels, mais ni plus ni moins, un peu moins vivement même, si l’on peut dire ainsi, parce que, risquant moins, ayant moins peur d’être ruiné, il serait moins sensible à l’avertissement. Si non, s’il vendait à prix moyen et fixe, tout comme il paierait ses ouvriers à prix moyen et fixe, il ne serait renseigné par rien du tout, et la surproduction, toujours