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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/293

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Au moment où ils remettaient leur déclaration au ministère des Affaires étrangères, le texte en avait été communiqué en français à l’Agence Radio et en grec à l’Agence d’Athènes, pour être inséré dans des éditions spéciales de journaux. Quoique les Athéniens fussent en grand nombre retenus chez eux par une température exceptionnelle, le document fut assez vite connu et accueilli avec stupeur.

Dans la matinée du même jour, M. Zaïmis avait été appelé à Taloï. Il y avait appris que M. Skouloudis était démissionnaire et le Roi avait voulu le charger de former un nouveau cabinet. S’étant réservé deux ou trois jours pour réfléchir, il envoyait dès son retour un émissaire au ministre de France pour lui faire savoir qu’il était disposé à prendre la direction des affaires si les représentants de l’Entente lui garantissaient qu’il n’y aurait aucune aggravation dans les mesures de pression ni de démonstration navale, et s’ils voulaient s’en rapporter à lui pour gouverner le pays avec la Chambre actuelle, tout en observant une neutralité bienveillante. Cette demande, antérieure à la remise de la note, prouvait que les intentions des gouvernements alliés étaient déjà connues. Mais la réponse ne pouvait être que négative. Sans doute, M. Zaïmis leur inspirait plus de confiance que M. Skouloudis et probablement l’entente avec lui serait facile. Toutefois, ses propositions venaient trop tard ; il n’était plus possible de modifier le plan d’action adopté par les trois gouvernements alliés. Le ministre de France invitait en conséquence M. Zaïmis à user de toute son influence pour faire comprendre au Roi la situation et à témoigner lui-même de son patriotisme en acceptant le pouvoir. Sa présence à la tête des affaires améliorerait rapidement la situation, dès que la demande de l’Entente aurait été acceptée.

La note remise, les Ministres alliés se retrouvèrent, dans l’après-midi, à la Légation de France. Le prince Demidoff rendit compte de son entrevue avec le Roi. Il n’était pas mécontent de sa visite, mais il avait trouvé Constantin déjà instruit de tous les projets de l’Entente et convaincu que la démonstration navale annoncée pour le lendemain comprenait des forces imposantes. Il imputait au général Sarrail et aux ministres de France et d’Angleterre l’initiative et l’organisation de ces mesures coercitives ; aussi avait-il parlé d’eux avec une indignation véhémente, tout en reconnaissant qu’il ne pouvait résister