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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/283

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révolution, de l’armée, des électeurs. L’opposition a.peur du gouvernement et de la police ; elle se défie d’elle-même et a peur de violer la constitution dont ses adversaires ont cependant laissé bien peu de chose debout. Le peuple a peur de tout : du Roi, de l’État-major, de la police, des Allemands, de la guerre, de Vénizélos, de la révolution, de la famine, de la misère. Il manque ici un contrepoids : la peur des Alliés. Il ne serait pas très difficile de le faire intervenir souverainement pour rallier tout le reste.

La situation financière et économique est très mauvaise, les finances sont ruinées par la mobilisation et le gaspillage ; il n’est plus question d’emprunts extérieurs et on ne parle plus de l’emprunt intérieur qui devait être émis sur le papier pour consolider une partie de la dette flottante. Les armateurs, les gros contrebandiers, les hôteliers d’Athènes ont fait fortune ; mais les provinces sont dans la misère. Le prix de la vie augmente d’autant plus vite que les personnages au pouvoir spéculent sur la rareté des denrées pour réaliser des bénéfices scandaleux. Les pays qu’occupent les Alliés jouissent d’une prospérité relative, grâce aux sommes considérables dépensées par l’armée d’Orient. Ces pays excitent la jalousie des autres, qui déplorent de ne pas avoir la même occasion de bénéfices et se plaignent qu’il n’a pas été fait de débarquement chez eux.

Quant à la situation militaire, elle ne peut se comparer qu’à celle qui a précédé la campagne désastreuse de 1897. L’armée a oublié les enseignements de la mission française qui l’a menée à la victoire ; elle est entièrement livrée aux fantaisies de l’Etat- major, politiciens et antimilitaires, prenant toutes ses inspirations à la légation d’Allemagne. Les réservistes, mal nourris, mal payés, habillés de guenilles, mécontents d’une mobilisation inutile de huit mois, quittent leurs corps par milliers. Pour ne pas les qualifier de déserteurs, le ministre de la Guerre leur accorde ensuite des congés. L’armée n’a plus d’approvisionnements, peu de fusils et de munitions, peu de matériel ; les attelages réquisitionnés ont subi une mortalité effroyable, le mécontentement et l’indiscipline sont partout.

Seuls sont satisfaits ceux qui approchent le soleil d’assez près pour espérer en tirer honneurs et profits, et ceux que la faveur gouvernementale a embusqués aux sinécures plus politiques que militaires de l’Allemagne.

Par quels moyens remédier à cette situation ?… C’est d’autant plus simple que la Grèce se trouve économiquement à la merci des Puissances, et qu’il n’y a pas besoin d’un grand déploiement de forces militaires et navales. Il faut donc avant tout faire sentir une volonté ferme, refuser toutes discussions et mettre le pays dans une situation telle qu’il ne puisse s’en tirer qu’en implorant notre clémence.