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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/282

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étrangères qui, après en avoir pris connaissance, les transmet à qui de droit. C’est par erreur qu’il a été dit que des dérogations à ces usages avaient été commises. Comme attaché naval le commandant de Roquefeuil a toujours communiqué au Ministre de France les télégrammes et les lettres qu’il envoyait au Ministre de la Marine.

Ce qu’a été la tâche de notre attaché naval et du service des renseignements dont les chefs relevaient de lui et lui rendaient compte quotidiennement de leurs opérations, on ne peut l’apprécier qu’en en montrant les résultats et qu’en lisant les minutes de la volumineuse correspondance de l’un et les milliers de dossiers que l’autre avait constitués contre les espions. On est alors obligé de reconnaître l’efficacité de son concours et, qu’en somme, ses prédictions et avertissements se sont ultérieurement réalisés, aussi bien au début que lorsque plus tard le service devint interallié. Mais il a fallu les péripéties des affaires de Grèce pour démontrer le caractère prophétique de quelques-uns des avis qui émanaient de cette source.

Pour en fournir un exemple, il me suffira de détacher l’extrait suivant d’un rapport écrit à la veille du jour où les Puissances garantes allaient se décider à signifier leurs exigences au Gouvernement royal, sous la forme d’une note collective. On verra par ce tableau de la situation de la Grèce à ce moment, telle que l’avaient faite leur crédulité et leur patience, combien la démarche qu’elles projetaient était urgente et justifiée.

La situation actuelle peut se définir ainsi : un Roi complètement acquis à nos ennemis, trop peu intelligent et trop obstiné pour comprendre ses intérêts véritables et ceux de son pays ; une minorité d’officiers et de politiciens attachés à son char, soit par la faveur, soit par les libéralités germaniques, payant son maintien au pouvoir par des procédés renouvelés du passé et en usant contre nous par tous les moyens, surtout les plus sournois ; une opposition décapitée ; un peuple encore en très grande majorité francophile et anti-gouvernemental ; il l’a prouvé par deux fois aux élections de 1915, mais craintif, inerte, incapable de passer du sentiment à l’action ; au-dessus de tout et dominant tout, la peur. Le Roi a peur de sa femme, de son beau-frère Guillaume ; il a peur de la guerre, de Vénizélos, des complots et de la révolution. La faction gouvernementale a peur de déplaire au Roi et aux Allemands qui la font vivre ; elle a peur de Vénizélos, des réfugiés d’Asie-Mineure, des complots, de la