Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/180

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LES JUIFS POLONAIS DANS LA VIE SOCIALE ET ÉCONOMIQUE

Il est très difficile à un étranger d’obtenir des informations exactes sur la vie, l’organisation, l’activité des Juifs en Pologne : tout ce qui est juif semble, dans ce pays, environné de mystère et de ténèbre. Les renseignements que j’avais recueillis de mon mieux en Galicie me semblent, à un examen plus attentif, invraisemblables et contradictoires. En Posnanie, il n’y aura tantôt plus de question juive ; les coopératives catholiques sont en train de la résoudre pacifiquement, en supprimant peu à peu tous les intermédiaires commerciaux ; les Allemands partis, les Juifs, privés de leurs protecteurs, ont compris qu’il ne leur restait plus qu’à quitter le pays. Reste l’ancien Royaume. Pour cette région, je dois à l’obligeance de M. le docteur Dickstein, professeur à l’Université de Varsovie, et de quelques-uns de ses amis une documentation statistique complète et toute une série d’observations très intéressantes. Plutôt que de me perdre dans des généralisations douteuses ou inexactes, je bornerai donc mon examen à l’ancienne Pologne russe.

En 1912, sur 12 776 000 habitants que comptait le royaume de Pologne, il y avait 1 722 000 juifs. La progression est remarquable ; les Juifs forment 9,3 pour 100 de la population en 1827. 10,1 pour 100 en 1834, 12,8 pour 100 en 1862, 13,9 pour 100 en 1890 et 14,5 pour 100 en 1905. A partir de 1893, l’élément Israélite diminue un peu dans les villes, tandis qu’il augmente dans les villages, où il introduit le petit commerce. Néanmoins, dans les grandes villes, la proportion de l’élément juif à la population totale reste considérable ; elle est de 40 pour 100 à Varsovie (337 000 Juifs), de 19 pour 100 à Sosnowiec, de 23 pour 100 à Lodz, de 29 pour 100 à Czcnstochowa, de 30 pour 100 environ à Kalisz, à Lomza et à Kielce, de 32 pour 100 à Piotrkow, de 40 pour 100 à Radom, de 43 pour 100 à Plock, de 51 pour 100 à Lublin, de 52 pour 100 à Suwalki, de 55 pour 100 à Siedlce. L’accroissement naturel de la population, qui, en 1908, était encore en faveur des chrétiens, est aujourd’hui en faveur des Juifs ; en 1914, leur nombre a augmenté de 17,6 pour 100, tandis que celui des chrétiens n’augmentait que de 14 1/2.

La grande majorité des Juifs se livre au commerce ou à