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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/165

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j’entendais émettre les opinions les plus contradictoires. Quand je voulus connaître les éléments statistiques du problème, le premier contact avec les chiffres me déconcerta, au lieu de m’éclairer. C’est en Galicie que la crise m’avait paru être le plus aiguë. Or c’est là que le sol est le plus divisé. Qu’avais-je rencontré dans la Galicie occidentale ? quelques très grands domaines : ceux de l’archiduc Charles-Etienne, ceux du comte Potocki, quelques autres, qui ne formaient ensemble que 9 p. 100 du territoire ; 80 p. 100 des propriétés foncières avaient moins de deux hectares, le classique lopin de terre, cultivé par le paysan qui le possède. En Posnanie, je trouvais des conditions très différentes : 50 p. 100 des domaines ayant une contenance de plus de 100 hectares, une propriété paysanne relativement rare, et… pas de crise.

Le professeur M… qui est galicien d’origine, et qui dirige à Poznan un important département de l’administration provinciale, voulut bien m’aider à interpréter les chiffres et à découvrir, sous leur apparente uniformité ; la réalité vivante et très diverse qu’ils expriment.

Lorsque vous étudiez la répartition du sol dans un pays, — me dit-il, vous avez toujours dans l’esprit un certain type, qui est celui de votre pays. En France, une grande division du sol, et la prépondérance de la propriété paysanne sont des indices et des causes réelles de richesse. Oubliez pour un instant les conditions particulières à la France : vous reconnaîtrez qu’il y a une limite au-delà de laquelle, plus le sol est divisé et moins il produit, et que cette limite varie en fonction de quelques facteurs comme la fertilité naturelle de la terre, la densité de la population, l’éducation technique des cultivateurs. En Galicie, cette limite est évidemment dépassée : le sol, morcelé à l’excès, ne suffit pas à nourrir une population trop dense. En Posnanie, cette limite est à peu près atteinte : le sol est réparti de manière à donner le maximum de production ; l’ouvrier agricole vit beaucoup mieux et plus aisément, en cultivant une terre qui ne lui appartient pas, que le paysan galicien en s’épuisant sur la parcelle trop étroite dont il est propriétaire. Voilà pourquoi, en Pologne, la crise agraire est plus violente dans les régions où le sol est plus divisé ; et voilà pourquoi il sera difficile de la résoudre par des mesures uniformément appliquées à tout à territoire polonais.