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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/155

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Les fêtes de Descartes à Amsterdam


Descartes était âgé de trente-deux ans. Il y en avait quinze qu’il courait les aventures. A peine sorti du collège, il s’était fait soldat, non du tout qu’il y fut poussé par aucune vocation militaire, mais « pour étudier les mœurs différentes des hommes plus au naturel. » Bientôt lassé de servir, mais non de voyager, il avait parcouru l’Allemagne et les Pays-Bas, la Suisse et l’Italie, Venise, où il assistait au mariage du Doge avec l’Adriatique, Lorette, où il s’acquittait d’un vœu, et avait poussé jusqu’à Rome. Dans la Ville éternelle, il n’avait pas perdu son temps à visiter les monuments et ne s’était pas attardé aux statues, tableaux et autres vanités de l’art ; mais, sa bonne fortune l’ayant fait arriver au moment du Jubilé, il avait mis à profit le « concours prodigieux des peuples qui y abordaient de tous les endroits de l’Europe catholique, » pour satisfaire « la passion qu’il avait toujours eue de connaître le genre humain par lui-même. » C’est ce qu’il appelait : lire dans le Grand Livre du monde. Il avait non moins passionnément voyagé parmi les idées, celles des autres et surtout, les siennes, depuis cette nuit fameuse où, comme dit son biographe, l’honnête Baillet, « le feu lui prit au cerveau. » Maintenant, il aspirait à se fixer. Faits et idées, tout ce que nous recevons du dehors n’est qu’abondance stérile, si la méditation n’intervient pour le féconder L’heure avait sonné de l’élaboration intérieure et de la création.

Bien décidé à ignorer désormais tout ce qui n’est pas son grand dessein, Descartes songe à se placer dans des conditions telles que rien ne puisse plus l’en détourner. Pour mieux fuir les compagnies et dépister plus aisément la curiosité, il forme