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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/122

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parole ! » Cela sonnait haut et clair. Le Boche, — il faut bien l’appeler par son nom, — est intervenu. Il a d’abord insinué, piano, piano, que les Français avaient dû quitter la ville devant la menace d’un soulèvement : ce fut l’affaire de ces Leipziger Neueste Nachrichten qu’on trouve toujours au chemin du mensonge. Puis, personne ne démentant, la grosse artillerie a donné ; et ce furent d’horrifiques histoires sur les méfaits des nègres : ici, le chœur fut conduit par le Berliner Tagblatt. Enfin, voici le grand assaut : la Frankfurter Zeitung, qui n’a plus rien du grand journal européen d’avant-guerre, invente un ultimatum des Anglais, qui exigeraient non pas seulement l’évacuation de Francfort, mais encore celle de toutes les têtes de pont du Rhin.

Tout cela est bête à en pleurer ; — et sent l’approche des élections. Mais, sur ces cerveaux mal habiles, l’effet de pareils mensonges est indéniable. Notre domestique hessoise ne nous a-t-elle pas dit que des nègres avaient coupé les mains de petits enfants à Francfort ? Et le professeur V… ne m’a-t-il pas demandé s’il était exact que notre Lycée dût être prochainement évacué ?

D’ailleurs, la presse n’est pas seule à agir. Toute une propagande se fait à l’heure actuelle contre nous. Ce sont les éditeurs de Leipzig et de Berlin qui remplissent les librairies de toutes les villes occupées de brochures pangermanistes et de récits sur les exploits des armes allemandes. Ce sont les Mémoires de Hindenburg qu’on annonce avec fracas. C’est le gouvernement qui donne lui-même : voici le Ministre berlinois du Reich David qui vient, en grand apparat, à Mayence affirmer que l’Empire connaît la misère des pays rhénans depuis l’armistice, mais compte bien que l’occupation ne durera pas quinze ans.

Aussi la population n’est-elle plus tout à fait la même à notre égard. Ce n’est pas la bonasserie aimable du début : chez beaucoup, c’est de la réserve, chez certains, de la défiance ; trop de fonctionnaires sont même insolents. On sent que tout ce monde est inquiet du lendemain, et craint de se compromettre avec les Français. Non qu’ils nous détestent : rien n’est changé à leur désir d’entente. Mais presse, fonctionnaires et ministres sont arrivés à leur faire croire que la France ne pourra pas rester sur le Rhin, et devra le céder au Prussien.

Peut-être aussi sommes-nous trop silencieux. Le mépris ne