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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/121

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germanique, finiraient par prendre consistance : à tout jamais, ils empoisonneraient l’Allemagne, et nos rapports avec elle. Au reste, qui donc soutiendrait que la vérité ne finit pas toujours par triompher ? En cette courte entrevue, ne s’est-elle pas imposée à ces esprits prévenus ? Certainement, nous avons en grande partie convaincu les Rhénans, et nous ne sommes pas sans avoir ébranlé les Prussiens. Ne nous lassons pas de dénoncer la mauvaise foi de Berlin, même passée.


16 mai.

L’église Saint-Pierre est pleine, où s’accumulent les Français qui ont tenu, le dimanche de la canonisation de Jeanne d’Arc, à rendre hommage à la sainte de leur patrie. Aucun ne manque, et, dans les stalles et le chœur, figurent toutes les autorités françaises de la ville. J’aperçois même dans la nef des familles mayençaises.

La messe se déroule, un peu théâtrale, comme le commande peut-être le décor d’opéra de Saint-Pierre. Sous les voûtes de l’église retentissent les ouvertures de Messidor et de Patrie qu’à coup sûr Bruneau, et Bizet ne s’attendaient pas à voir figurer en une cérémonie de canonisation. Mais personne ne s’étonne : ce dimanche est à la France, et pour la rappeler, toutes ses musiques sont belles…

L’après-midi, sur la demande du général Dégoutte, le grand honneur m’est réservé de rendre à Jeanne l’hommage des laïcs. En cette ville germanique, où tous les Français sentent le prix d’une consécration qui attire à notre pays les prières des catholiques allemands, qu’il m’est facile de faire vibrer des cœurs déjà tout enthousiastes ! Nous ne savons encore si le gouvernement proclamera officiellement la fête nationale de Jeanne d’Arc : mais pour nous Français de Mayence, je vous assure qu’en ce beau dimanche, c’est bien une fête nationale que nous avons célébrée. Puissent, l’an prochain, les Rhénans être associés à cette commémoration !


25 mai.

Ces journaux prussiens, — ou prussianisés, — sont magnifiques ! Leur mauvaise foi finit par être touchante, tant elle est obstinée. Tout le monde avait été frappé de l’impression profonde produite par la belle proclamation du général Degoutte sur l’évacuation de Francfort : « Les Français tiennent leur