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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/119

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qui ne le souhaite. Mais vos militaires ne le veulent pas. Ils envoient parmi nous des nègres ; ils font tirer sur les paisibles Francfortois. Il serait si facile cependant de s’entendre !

Ce peuple apparaît décidément d’une docilité extraordinaire. Il suffit de quelques articles fort mal faits de gazettes suspectes, sans compter l’action sournoise d’agents prussiens, pour le détourner de nous. L’évidence des mensonges de ces cinq ans de guerre, la leçon des avions de Nuremberg, ne leur ont rien appris. A ceux qui accusaient les Français d’être accessibles au « bourrage de crâne, » il n’est que de venir voir comme une courte campagne de presse agit sur l’opinion rhénane pour connaître des cerveaux crédules.

Il n’y a pas à se le dissimuler : l’œuvre d’éducation que tout Français a à entreprendre ici à l’égard du Rhénan est plus difficile qu’il n’apparaissait tout d’abord. Il y faudra bien du temps et de la patience.


10 mai.

Nous venons d’avoir, entre universitaires français et allemands, une discussion sur les origines de la guerre, qui, pour n’être pas un événement diplomatique, ne me parait pas moins offrir quelque intérêt.

Il y a quelques jours, j’avais entrepris le professeur V… (qui semble décidément de plus en plus hostile au prussianisme) sur les responsabilités de la guerre. Gêné par mes arguments, il me demanda de convier quelques-uns de ses collègues de Wiesbaden et de Francfort, mieux à même, grâce à leur documentation, de me répondre. Je m’empressai d’accepter, et obtins d’en amener autant de mon côté. Et c’est ainsi que nous nous sommes trouvés hier réunis pour la première controverse sur la guerre qui se soit sans doute encore déroulée entre professeurs des deux nations. Il y avait là, outre le professeur V… et une dame rhénane qui enseigne la littérature germanique, deux professeurs prussiens, un historien et un philosophe ; de mon côté, j’étais accompagné de mes collègues MM. Bleu et Houssay, agrégés des Lettres, heureux de s’affronter avec des représentants de la science germanique.

Nous nous heurtâmes auprès des deux professeurs prussiens aux plus étonnantes ignorances, à moins que ce ne fût à la plus entière des mauvaises fois. Comme je rappelais qu’en tout état de