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l’on craint le plus, c’est, d’une part, l’infatuation et la superbe des hommes, et, d’autre part, leur crédulité et leur superstition. L’Eglise s’avance entre les deux écueils. Elle suit le vœu des foules plutôt qu’elle ne le précède.

Depuis le procès de béatification, deux faits miraculeux sont retenus par l’enquête et par le plaidoyer de l’avocat. Il les mentionne, mais la pensée universelle et sa propre pensée sont ailleurs ; Jeanne d’Arc, c’est l’héroïne, la Sainte de la Patrie.

La dernière phrase du plaidoyer le répète et y insiste : « Très Saint Père, par l’accroissement de l’honneur dû à Jeanne d’Arc sera accru l’honneur de la nation française et son renom dans le monde, sera accru le mérite de ses incomparables vertus militaires, et plus encore sera renouvelée la gloire de cette Patrie renommée pour sa foi et son dévouement au Saint-Siège et dont les fils recevront, dans ces temps de séparation, une grande consolation. »


Pour la troisième fois, la prière est adressée au Pape. Elle était « instante, » elle est devenue « plus instante, » elle devient « instantissime. » Le chœur envoie les flots pressés de ses supplications jusqu’au pied de l’autel. On attend le verdict.

Le prélat-secrétaire s’avance sur les marches de l’autel et déclare que le Souverain Pontife va parler. Intimement persuadé que la canonisation est une chose juste et agréable à Dieu, il s’est résolu à prononcer la sentence définitive.

À ces mots, l’assemblée se lève et le Pape, mitre en tête, assis sur sa chaire en qualité de Docteur et de Chef de l’Église universelle, prononce la sentence solennelle. Il rappelle qu’avant de prendre une telle résolution, il a prié Dieu, qu’il a invoqué les saints, qu’il s’est instruit lui-même sur la vie de l’héroïne, qu’il a consulté les conseils de l’Eglise, procédé à une minutieuse enquête et qu’enfin, les règles observées, par l’autorité du Christ et pour le bien de l’Eglise, il décide que Jeanne d’Arc est inscrite au nombre des saints. Sa mémoire sera l’objet d’une pieuse dévotion chaque année au jour de sa fête natale. — Les actes sont ordonnés.

Le Pape se lève. Il dépose la mître et entonne le Te Deum[1].

Et soudain, le Te Deum, repris par les chantres, par la

  1. Les cérémonies de la béatification et de la canonisation, Désclée et Cie éditeurs, petit in-8.