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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/944

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rapide, et, si l’accord ne s’établit pas immédiatement, passer outre avec indifférence. Non. C’est essayer réciproquement de se convaincre et, tant que l’un des deux ne s’est pas rendu, patienter un peu dans l’espoir d’influencer son opinion. Affaire de confiance mutuelle, de tact et d’amicale sincérité. Si, par distraction, ou par piqûre d’amour-propre, chacun s’en va de son côté, nous ne saurons plus nous retrouver, lorsque nous nous chercherons.

Ne serait-il pas plus sage et plus prudent de demeurer ensemble ? C’est ensemble que les Alliés ont préparé le traité de Versailles; il est leur œuvre indivisible et solidaire et ils sont tous engagés d’honneur à le faire appliquer. C’est ensemble qu’ils ont rédigé le traité de Saint-Germain, dont voici enfin venir la ratification tardive et dont l’Autriche parait avoir pris douloureusement, mais loyalement son parti. C’est ensemble qu’ils ont élaboré ce projet de traité turc qui a été remis à Tevfik pacha et dans lequel la France a fait à ses alliances de si durs sacrifices. C’est ensemble qu’ils ont dressé les statuts de cette Commission interalliée des détroits qui devra exercer son autorité souveraine sur toute l’étendue des Dardanelles, du Bosphore et de la mer de Marmara. C’est ensemble qu’ils ont fixé le sort de la Hongrie, par ce dernier traité que le cabinet Simonyi-Semadan s’est résigné à accepter et que M. Millerand a présenté à la signature des délégués magyars dans le cadre pittoresque du Grand Trianon. Se pourrait-il que nous fussions désunis, là précisément où l’union nous est le plus nécessaire?


RAYMOND POINCARE

Le Directeur-Gérant : RENE DOUMIC.