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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/943

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me le demande pas et je suis tout à fait convaincu que cette convocation était, pour le moins, superflue. Mais, puisqu’elle a eu lieu, la seule façon de la rendre inoffensive est que les Alliés se présentent tous à Spa avec l’inébranlable résolution d’y faire exécuter le traité. Et faire exécuter le traité, ce n’est pas seulement le relire à l’Allemagne, ce n’est pas seulement lui refuser de le modifier, ce n’est pas seulement repousser toutes les demandes de concessions et d’adoucissements, c’est encore et surtout dire à l’Allemagne, comme les Alliés, du reste, l’ont solennellement déclaré à San Remo : « Si vous ne désarmez pas, si vous n’acquittez pas votre dette, si vous ne vous mettez pas en mesure d’observer honnêtement le traité, nous prendrons, en commun, des garanties et des gages ; nous occuperons, s’il le faut, de nouveaux territoires ; nous nous saisirons de vos mines, de vos douanes, de vos chemins de fer ; nous vous traiterons, à notre vif regret, comme un débiteur récalcitrant, jusqu’à ce que vous vous soyez enfin décidés à faire preuve de bonne volonté. » S’il est vrai, comme M. Millerand l’a dit à la Chambre, que le traité soit plus lourd de promesses que de réalités, voilà la seule réalité qui vaille la peine d’être ajoutée aux promesses du traité.

Sans doute, pour pouvoir prendre cette attitude, les gouvernements des peuples vainqueurs doivent s’inspirer tous de l’esprit d’alliance, et renoncer, autant que possible, à ces initiatives isolées qui font naître entre eux de légers malentendus et qui donnent à l’étranger l’impression de graves désaccords. Les commentaires qu’a provoqués, en Angleterre et en France, la réception de M. Krassine par M. Lloyd George montrent combien il est dangereux de faire cavalier seul dans des circonstances où il nous serait si utile de nous sentir les coudes. Je laisse de côté la question bolchéviste, mais la France est créancière impayée de la Russie; il y a, en Russie, des prisonniers et des internés français ; l’Amérique et la France sont les amies de la Pologne et M. Krassine annonce que la Russie soviétique se prépare à une guerre de deux ans contre la Pologne. Est-ce le moment pour l’un de nous, de poursuivre, en dehors des autres, avec le gouvernement de Moscou, des négociations économiques, et de paraître passer sous silence les intérêts des nations alliées? Ne pourrait-on rétablir, à la veille de Spa, les saines traditions de l’entente cordiale? Pendant la guerre, que dis-je? avant la guerre, les deux Chancelleries avaient contracté l’habitude de se consulter et de se concerter à propos des moindres incidents. Se consulter, se concerter, ce n’est pas envoyer un avertissement