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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/926

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reils récepteurs étaient alors inûnimenl moins sensibles qu’aujourd’hui, et aussi parce que la modeste antenne dont nous disposions au Mont-Blanc n’était nullement apte, comme les antennes gigantesques des stations actuelles, à capter des ondes très faibles et de très grande longueur.

Que la Terre reçoive des ondes hertziennes d’origine cosmique, c’est une chose que nous avions annoncée, il y a maintenant quatre lustres. S’il y a quelque chose d’étonnant dans tout cela, c’est l’étonnement des nouvellistes,… et même des liseurs de nouvelles, à l’annonce du phénomène rapporté par Marconi.

Avant d’attribuer les signaux hertziens venus incontestablement de l’espace céleste à je ne sais quelle conversation interplanétaire, à je ne sais quelle correspondance amicale et télépathiquement télégraphique de voisins astraux, il était plus simple d’en rechercher la cause dans des phénomènes naturels. C’est ce que nous avons tenté.

Certes le goût du merveilleux n’y est point entièrement satisfait, du moins de ce merveilleux un peu puéril qui berce l’éternelle enfance de l’humanité et qui nous a valu notamment les délicieuses niaiseries des Mille et Une Nuits ou des Contes de Perrault.

Pour le philosophe, le seul merveilleux est celui qui est vrai. Certes l’aventure de la Belle au Bois dormant est prodigieuse. Mais je la trouve beaucoup plus agréable que surprenante. Si on avait demandé à Louis XIV ce qu’il trouverait de plus étonnant : ou bien qu’une belle pût effectivement dormir en un bois enchanté des siècles durant jusqu’à ce qu’un Prince Charmant la réveillât, ou bien qu’on pût bientôt causer à voix basse et du ton le plus naturel de Paris à Londres, je gage qu’il eût fait enfermer aux Petites-Maisons l’annonciateur de cette dernière chose, et nommé gentilhomme de sa chambre le prophète de la première, d’autant qu’il avait tout intérêt à laisser penser que les Prince Charmant sont très possibles.

Tout cela n’empêche point cependant que plusieurs professeurs américains, dont il ne sied point de redire ici les noms, n’aient, — il y a quelques jours, et profitant de l’opposition récente de Mars, — tenté de saisir les radiotélégrammes de nos voisins martiens.

L’un d’eux, à Omaha, dans l’État de Nebraska, tint vainement pendant sept jours l’oreille à son écouteur perfectionné auquel venaient aboutir, à ce que disent les gazettes, — qu’elles en gardent, seules, la responsabilité ! — une antenne réceptrice comportant