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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/911

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s’assombrir. Telle est la voix, tel est, (sauf la petitesse), l’aspect de M. Vanni. Marcoux. Chanteur et tragédien, avec autant d’intelligence, de souplesse, et plus de sobriété que de coutume, il est Lorenzaccio lui-même ; non pas seulement le personnage, mais le drame tout entier.


C’est ainsi qu’un autre soir, encore à l’Opéra-Comique, la beauté musicale, vocale et dramatique d’une Traviata parut se rassembler tout entière dans le talent de la parfaite cantatrice qu’est Mme Ritter-Ciampi. Cantatrice de style, du plus grand style et du plus pur, dans les Noces de Figaro, dans le Barbier, l’on n’attendait peut-être pas d’elle, dans la Traviata, cet éclat et cette passion, cette joie et cette douleur de vivre et d’aimer, enfin, envers la mort, cette douceur. « Nitida come la perla, » disait Marcello, voilà deux cents ans, d’une voix de femme, entendue un soir par lui sur la lagune, et si belle, que, dès les premières notes et pour toujours, elle gagna son cœur. Italienne à demi, peut-être la voix de Mme Ritter-Ciampi ressemble-t-elle à cette voix. Et comme elle chante, la Comtesse, Rosine, Violetta ! Comme elle sait chanter ! Chanter, c’est-à-dire, poser les notes, ou les prendre, ou les attaquer, et les lier ensemble ; c’est-à-dire encore donner à chacune, en soi d’abord, puis par rapport aux autres, la durée et le volume, l’ombre et la lumière, ou le modelé qu’il faut ; c’est-à-dire enfin tracer avec souplesse, avec pureté, jusqu’au bout, sans qu’elle se brise, sans qu’elle se hâte et sans qu’elle traîne, à la fin surtout, une ligne de sons. Tout cela n’est que musique, ou plutôt la musique n’est que cela. « Musica me juvat ou delectat. » Virtuose, mais musicienne aussi, Mme Ritter-Ciampi nous charme, ou nous émeut, par la pure musique. Tous les éléments et tous les moyens de son art, toutes ses manières d’être, de sentir et d’exprimer, elle les demande à la musique, elle les lui soumet. Et ce n’est pas son moindre titre à l’admiration des musiciens.

En écoutant la Traviata, plus d’un souvenir de sa patrie et de son auteur nous revenait à la mémoire. Verdi pensait à la Traviata quand il écrivait (en 1851) au librettiste du Trovatore : « J’ai tout prêt un autre sujet, simple, affectueux. » Simple, telle est bien cette musique, mais un peu plus qu’affectueuse. Rappelez-vous ses élans, ses transports, entre autres, et plus que tous les autres, la pathétique, la poignante adjuration du second acte : « Amami, Alfredo ! » (j’oublie les paroles françaises), que Mme Ritter-Ciampi, l’autre soir, a jetée à pleine voix, à plein cœur. La musique y a réuni toutes ses énergies, toutes ses puissances. Elles lui servent toutes à préparer le grand coup, si