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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/905

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Donc, Anne est au plus mal. Le prêtre vient de lui donner les derniers sacrements. Quant au médecin, avant de se retirer, il a laissé à Orti une potion, dont un certain nombre de gouttes, dix exactement, peuvent soulager l’agonisante, mais dont une onzième la tuerait infailliblement. Pour le moment, elle dort. Tout en la veillant, l’aïeule et la petite-fille s’entretiennent d’une fête qui doit avoir lieu ce soir même : fête et pèlerinage au village de Viazmi. Là, dans « la chapelle noire, » on révère une Vierge miraculeuse. Parmi les miracles obtenus d’elle, Trine cite pieusement l’histoire d’une pauvre femme dont le fils allait mourir. Pour le sauver, la mère offrit sa propre vie et la madone accepta l’échange. Émue d’abord et bientôt exaltée par un si bel exemple, que Trine lui cite avec enthousiasme, sans penser d’ailleurs à le suivre elle-même, Orti résout de tenter l’héroïque aventure. Elle part, mais avant de partir, elle voit un garçon du pays. Indrik, dont elle est secrètement éprise, embrasser la belle Madda et l’emmener à la fête. Elle les suit, troublée, et partagée, au fond, entre des sentiments divers.

Pendant la fête, Madda s’étant montrée un peu trop sensible aux avances du greffier du village, les deux rivaux en viennent aux mains. Indrik a le dessous et va succomber, quand Orti s’élance et détourne le couteau du greffier. Alors, scène d’amour entre Indrik et le sauteriot sauveur ; mais d’un amour en quelque sorte unilatéral, auquel on sent déjà qu’Indrik répond à peine ce soir, et demain se dérobera.

Orti cependant s’était offerte à la Madone, et la Madone, inclinant par trois fois la tête, avait signifié qu’elle acceptait le sacrifice. Pauvre sauteriot ! Le bonheur entrevu lui rend désormais trop cruelle, peut-être même impossible à tenir, sa promesse d’hier. De retour au chevet de la moribonde, celle-ci lui demandant à boire, vous devinez quelle pensée l’effleure, puis l’envahit. Elle verse dans un verre tout le contenu de la fiole. Mais voici qu’Indrick à son tour est entré, sans l’apercevoir. C’est Madda qu’il cherche dans l’ombre, et qu’il appelle ; c’est Madda seule que, même inconstante, il aime toujours. Insensible aux reproches, aux larmes d’Orti, il la repousse et va retrouver l’autre. Alors la délaissée, fidèle, — par désespoir peut-être, — à son vœu, l’accomplit. Elle boit le poison et meurt.

Voilà le drame. « Il est vrai qu’il est triste. » Et vous pensez bien que la musique n’a pas non plus le caractère enjoué. Analogue, si ce n’est peut-être égale à la Lépreuse, la nouvelle partition de M. Lazzari mérite, autant que son aînée, la considération, l’estime,