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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/864

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Serbie, pendant de mortelles années ? Les Allemands tremblèrent, à l’automne de 1918, à l’idée de voir nos troupes victorieuses fouler leur sol et leur demander compte de toutes les tortures qu’ils avaient infligées à nos populations. Ce fut une des principales raisons qui les amenèrent à implorer l’armistice. Et c’est cela qu’on voudrait oublier aujourd’hui ! Revenir sur les clauses d’un traité qui n’a donné aux Alliés qu’une partie des satisfactions auxquelles ils avaient droit, ce serait l’abandon du modeste fruit de la plus grande des victoires.

Jamais encore on n’avait vu les vainqueurs se pencher avec autant de sollicitude sur un vaincu qui simule une maladie, afin d’échapper à l’accomplissement de sa tâche. Celle-ci est bien loin de dépasser ses forces. Il y a longtemps que l’Allemagne aurait dû remettre aux Alliés les titres de 100 milliards de marks or qu’elle s’est engagée à livrer comme premier acompte de sa dette et qui ne lui imposeraient, après tout, qu’une charge annuelle de quelques milliards, bien inférieure à ce que la France et la Grande-Bretagne ont, d’ores et déjà, inscrit à leurs budgets pour le service de leurs emprunts de guerre. Il est tout à fait extraordinaire qu’alors que les dommages à réparer s’élèvent à des centaines de milliards, et que, pour ménager l’Allemagne, on ne lui a demandé, comme acompte, que la reconnaissance écrite d’un premier montant payable à longue échéance et dont elle n’aura tout d’abord qu’à servir les intérêts, la Commission des réparations n’ait pas encore obtenu la remise matérielle de ces certificats de dette. N’est-elle pas convaincue que notre débiteur est en état de payer ? Que ne s’inspire-t-elle de l’article 248 du traité de Versailles, qui établit un privilège de premier rang sur tous les biens et ressources de l’Empire et des États allemands pour le règlement des réparations et autres charges résultant du traité ? Est-ce qu’une première hypothèque, correspondant à une annuité de 5 et même de 10 milliards, n’est pas amplement garantie par la fortune allemande ? Nous montrerons à quel montant celle-ci était évaluée en 1913 et quelle part l’Allemagne, alors qu’elle se croyait victorieuse, se préparait à prélever sur la fortune française.


RAPHAËL-GEORGES LEVY