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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/844

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tenté de donner une idée, M. Louis Dubois, déjà en janvier 1919, estimait à 5 milliards de francs la somme nécessaire pour reconstituer l’outillage de sidérurgie et de grosse métallurgie ; à 2 milliards les travaux du fond et la réfection des bâtiments des mines ; à 2 milliards la perte des matières premières et des produits fabriqués ; à 3 milliards la perte d’exploitation pendant six années.

La commission technique de la petite métallurgie, constituée auprès du « Comptoir central d’achats industriels pour les régions envahies, » a étudié les 24 industries, telles que fonderies, ferrures et forges, boulonneries, tréfileries, ferronneries, taillanderies, usinages, qui constituent ce groupe. Elle estime les pertes comme suit : matériel, 736 millions, approvisionnements 300, pertes d’exploitation 540, bâtiments 230, au total près de 2 milliards, que la hausse récente de toutes choses devrait sans doute encore faire majorer.

Les établissements de constructions mécaniques et électriques représentaient, avant la guerre, dans les régions envahies, un capital d’exploitation de près de 2 milliards. Dans la proportion des neuf dixièmes, il a disparu. Prenons comme exemple la Société française de constructions mécaniques (anciens établissements Cail) de Denain : outillage et approvisionnement ont été pillés et détruits ; les machines-outils enlevées à destination des usines allemandes ; les usines démontées, les pièces de charpente, poutrelles et autres expédiées aux usines allemandes ; la fonderie et l’aciérie Martin ont subi le même sort ; 20 000 mètres carrés de bâtiments ont été détruits, le magasin de modèles incendié, les aiguillages dynamités. M. Dubois évalue à 4 milliards les pertes de ce groupe ; à un demi-milliard celles des usines électriques ; à plus de 4 milliards celles des industries de produits chimiques et similaires ; à un demi-milliard celles des glaceries et verreries, parmi lesquelles la compagnie de Saint-Gobain est au premier rang.

Les industries textiles représentaient une des plus grandes sources d’activité et de richesse de la France ; la valeur de leur exportation annuelle de matières premières et de produits fabriqués atteignait 2 milliards de francs, soit près du tiers de nos exportations totales. Or la majeure partie de ces industries se trouvaient dans les régions envahies, où travaillent la presque totalité de nos peignages de laine, de nos filatures de lin,