Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/837

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nom de régions dévastées ; elles sont aujourd’hui réunies sous l’administration d’un ministère qui s’appelle celui des régions libérées et dont le budget pour 1920, déposé au début de l’année sur le bureau de la Chambre, dépassait le chiffre de 16 milliards de francs. Essayons de nous représenter l’état dans lequel se trouvent ces territoires.

Avant tout, rappelons que les désastres dont la plume donne une bien faible idée, — car il faut avoir vu de ses yeux de pareils spectacles, — ne sont pas ce qu’on appelle communément des faits de guerre. La plupart d’entre eux ont été accomplis par les Allemands en dehors des zones de combat, avec la volonté formelle de ruiner la France de fond en comble, d’empêcher à jamais son relèvement, d’anéantir ses industries, son commerce et jusqu’au sol même dont ses habitants tirent leurs moyens d’existence. Dans un département comme le Pas-de-Calais, deux arrondissements sur six, ceux d’Arras et de Béthune, se sont trouvés dans le feu de la lutte. Les quatre autres, restés en dehors de l’action des combattants, n’en ont pas moins subi les mêmes outrages.

Bien que ces régions ne mesurent que 7 pour 100 de la superficie totale de la France, elles fournissaient 14 pour 100 des céréales, 47 pour 100 des betteraves à sucre, 55 pour 100 des graines et filasses de lin du pays. L’extraction de leurs mines représentait 50 pour 100 de la houille, 92 pour 100 du minerai de fer. Leurs usines nous donnaient 81 pour 100 de la fonte, 60 pour 100 de l’acier, 77 pour 100 du zinc, 22 pour 100 du plomb produits en France. De leurs ateliers de construction, sortait un cinquième de nos machines, mécaniques et outils. Leurs fabriques préparaient les quatre cinquièmes de nos lainages et les sept dixièmes de nos cotonnades. Elles manufacturaient une part très importante de la lingerie, des vêtements, des confections, des tissus de lin et de chanvre, ainsi que de la vannerie et de la cordonnerie.

Sans revenir sur l’horreur des dévastations, nous nous bornerons à traduire ici en chiffres les dommages causés aux habitations, aux champs, aux forêts, aux industries, aux entreprises de transport et moyens de communication », au commerce, aux valeurs mobilières.