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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/835

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chose que par sa beauté déchirée… Et André Corthis écrit : Petites Vies dans la Tourmente. Cette fois, elle ne s’est plus inquiétée d’aller chercher au loin dans ses souvenirs d’enfance ou ses enthousiasmes d’artiste le décor et les personnages. Dans celle Provence à laquelle elle demeure fidèle, de celle fenêtre où elle continue de s’accouder et d’où la vue est belle, elle a simplement regardé les toits de l’humble village, se serrant sous le soleil, couleur de rose morte et de pain brûlé. La guerre en ce moment bouleverse les pauvres vies qu’ils abritent ; mais étaient-ils donc si paisibles avant que ne vînt la guerre ?… Peut-être en allant jusqu’au bout du monde ne découvrirait-on rien qui ne se puisse trouver sous ces toits-là… André Corthis commence de le comprendre et de comprendre que la Beauté est partout, que partout on peut percevoir les grands drames essentiels que composent la Vie, la Mort et l’Amour.

La pensée se repliant ainsi semble en même temps s’élargir. Et quand, deux ans plus tard, l’écrivain composera Pour moi seule, c’est de très petites observations, c’est de très humbles choses, c’est d’une pauvre vie bien ordinaire, bien banalement pareille à tant d’autres qu’il tirera toute l’émotion, toute la détresse de son livre.

L’étape que marque ce livre dans l’œuvre déjà riche et variée de l’écrivain aura-t-elle quelque chose de décisif ? Cela est possible. Le goût secret d’André Corthis, sa prédilection pour tel ou tel de ses ouvrages pourrait à ce sujet nous donner une indication. Mais, interrogée sur celui de ses livres qu’elle préférait, elle m’a répondu : « Celui que je préfère n’est pas encore écrit ; il ne le sera peut-être jamais… Et je le désire ; presque. C’est un bien petit idéal que celui dont on peut se dire un jour qu’enfin on vient d’y atteindre. » Ne joignons pas notre vœu à celui-là. Mais souhaitons qu’André Corthis, comme elle le doit à sa jeune réputation, et comme elle nous le doit, nous donne maintenant une œuvre de complète maîtrise où son beau talent, qui mêle à tant d’intime ardeur un pittoresque si original, s’épanouira dans tout son éclat.

Fidus.