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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/832

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au Maître toute sa bonne volonté. La hantise, quelquefois, devenait telle qu’à la fin d’une journée, s’étant bien appliquée à quelques pages, il lui arrivait de se demander anxieusement : « Va-t-il en être content ? »


Le premier livre publié fut un livre de vers : Gemmes et Moires. Mais quelques nouvelles auparavant avaient déjà paru dans un grand quotidien. De l’une d’elles, inspirée d’une tragique histoire dont elle connaissait, en Provence, le héros vieilli et pittoresque, André Corthis avait tiré une pièce : Fine Linsolas, jugée par Henri Rochefort si parfaitement épouvantable que lui-même s’était chargé de la remettre à M. Max Maurey, directeur du Grand-Guignol.

Huit jours plus tard, M. Max Maurey décidait de mettre la pièce en répétition et prévenait l’auteur dont la surprise fut plus effarée que joyeuse. Toute seule, devant sa table, elle se sentait bien des hardiesses, mais l’idéd d’affronter le public et d’être connue d’abord par cette horrible histoire, lui enlevait tout son courage. Elle se rendit auprès de M. Max Maurey et le supplia de laisser passer quelque temps avant de s’occuper de Fine Linsolas.

Il acquiesça, mais ne cacha pas sa surprise.

— C’est la première fois, mademoiselle, déclara-t-il, que je vois un auteur trouver que je veux trop tôt le faire mettre en répétition et qu’il n’a pas assez attendu.

Gemmes et Moires obtient le prix de la Vie heureuse. Ceci, joint à la grande jeunesse de l’écrivain, valut au livre un joli succès. Articles abondants et flatteurs, photographies publiées, — la grâce et la brune beauté de la jeune fille portent comme son talent l’empreinte de ses origines presque orientales ; — lettres venues quelquefois de très loin, avec des signatures inconnues. Le mérite d’André Corthis fut de sentir le danger de ce succès-là. Des collaborations lui furent offertes, qu’elle refusa. Avant de produire, il fallait travailler encore, travailler beaucoup. Et ce grand souci du perfectionnement, elle le devait sans doute à ces heures passées dans le grenier provençal, devant les lettres de Flaubert. D’autres maitres, toutefois, commençaient de l’émouvoir. Les écoles sont diverses et il est bon peut-être de s’enthousiasmer pour chacune, afin de ne juger comme absolue nulle de leurs théories.