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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/825

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ainsi : « Saint Ignace de Loyola, mesdemoiselles, était un de ces beaux cavaliers dont vous aimez toutes à rêver… »


Les heures sonnaient lentement à l’horloge de la chapelle ; les fenêtres étaient large ouvertes sur la bonne odeur des jardins. Est-ce pendant ces journées interminables que l’enfant prit le goût d’écrire les imaginations par lesquelles elle cherchait à se distraire ? Pas encore peut-être. Ce fut plutôt, je suppose, pendant les vacances ensoleillées dans le petit village catalan, au bord de la mer éclatante.

La maison étroite et blanche, peinte à la chaux, avec sa porte et ses fenêtres encadrées de bleu vif, s’adossait à la montagne. Dans les chambres, les grands lits rustiques étaient décorés de peintures pieuses, et l’on voyait rayonner au fond des alcôves les auréoles des Vierges et des Saints qui décoraient leur chevet. Le jardin était planté de quelques figuiers, sans porte ni clôture, simplement bordé par la mer qui, chaque année, quand les tempêtes d’automne gonflaient de grosses vagues, rongeait et diminuait sa terre sèche et dure.

Un autre jardin s’étendait près de celui-là, pas plus grand, peut-être, mais si bien planté de petits arbres feuillus et serrés, qu’il semblait profond comme toute une forêt. Il appartenait à trois sœurs, trois vieilles filles toujours habillées de noir, avec des fichus noirs serrés sous leur menton. Elles aimaient bien leur petite voisine, lui permettaient de cueillir aux orangers, aux menthes, aux verveines, leurs feuilles épaissies de sucs embaumés. Elles lui permettaient aussi d’entrer chez elles à toutes les heures de la journée. Par les après-midis écrasants, quand toutes les demeures sont somnolentes et closes, la visiteuse traversait le chemin. Elle poussait doucement la porte, si brûlante de soleil qu’on pouvait la toucher à peine.

Ave Maria ! disait-elle, selon la coutume, avant de passer le seuil.

Et dans le couloir obscur, croyant pénétrer parmi de sombres fées, elle trouvait ses vieilles amies assises et muettes, l’une tricotant un bas, l’autre roulant son rosaire, et la troisième, qui était aveugle, fixant le mur devant elle de ses yeux troubles et vides.

Sur la plage, les femmes, abritées par leurs « mouchoirs de