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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/812

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revue des deux mondes.

l’intention de se rendre sur le front ; il dut y renoncer, le maréchal French n’admettant pas que son armée pût avoir deux chefs ; l’armée britannique poursuivit sa retraite, malgré la volonté du ministre de la Guerre. — Au commencement d’octobre, à propos des opérations autour d’Anvers, pendant que le maréchal French descendait sur l’Aisne, lord Kitchener donna directement quelques ordres, qui paraissent encore aujourd’hui intempestifs, au maréchal French.

À ce propos, le maréchal lord French, vice-roi d’Irlande, fait à plusieurs reprises dans son ouvrage 1914 quelques réflexions qui seront utilement méditées ailleurs qu’à Londres :

« Si j’avais été laissé libre d’exercer la plénitude de mes fonctions de commandant en chef de l’armée britannique en France, j’aurais assurément donné des ordres touchant le dispositif de ces troupes. Je regrette d’avoir à dire ici mon opinion très nette : ce qui aurait dû être fait pendant ces jours critiques ne l’a pas été, grâce uniquement aux essais tentés par lord Kitchener de réunir dans sa main les rôles séparés et distincts de ministre à Londres et de général en chef en France. Je crois avoir le droit, dans l’intérêt de mon pays, en pensant aux guerres où nous pourrons être engagés dans l’avenir, je crois avoir le droit d’exposer ici complètement les faits. Le désastre de Sedan fut dû en parti à l’ingérence de Paris dans les opérations de l’armée, et la guerre civile d’Amérique se prolongea au delà des prévisions grâce à l’intrusion répétée du secrétaire d’État dans le commandement. »

Sur le front, la camaraderie de combat était parfaite. Les méthodes d’instruction très analogues rendaient les relations faciles ; des cours connexes rapprochaient les officiers, et les troupes fraternisaient cordialement.


La République des États-Unis a déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Son armée régulière comptait 200 000 hommes et pouvait être portée à 320 000 hommes en vertu d’une loi de 1916, latitude dont le Président commença à user aussitôt, et l’envoi rapide d’un corps expéditionnaire en Europe fut décidé.

On n’a pas assez remarqué que cette armée permanente du temps de paix était une base excellente, — malgré son exiguïté,