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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/811

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comment finit la guerre.

mers ou océans du globe et ravitaillait pour la plus grande partie les armées et les nations de l’Entente. Pour la marine de guerre, le personnel navigant était passé de 145 000 hommes à 400 000, et celui de la marine de commerce à 1 200 000 hommes ;  1500 000 étaient employés aux constructions navales pour réparer les pertes causées par la guerre sous-marine. Les mines et les usines d’Angleterre compensaient dans une large mesure les pertes subies par l’industrie dans le Nord et le Nord-Est de la France, tout en outillant de toutes pièces les armées britanniques qui, au début des hostilités, étaient encore plus démunies que les armées françaises en matériel de toute sorte, notamment en artillerie de tous calibres et en munitions. Ce magnifique effort, dont la France a largement profité, a été organisé et poursuivi par M. Lloyd George, comme ministre des munitions. Les demandes du maréchal French, qui n’hésita pas à saisir l’opinion publique de sa pénurie en artillerie lourde et en munitions, activèrent beaucoup les fabrications de guerre. Elles représentaient une main-d’œuvre très considérable et absolument nécessaire à la victoire, — et il faut en tenir compte quand on songe aux effectifs combattants fournis par l’Empire britannique.

Dans la conduite des opérations, les meilleurs rapports s’établirent rapidement entre les commandements alliés. Les nuages qui s’élevèrent parfois ne furent jamais que passagers. Toutefois, la bonne entente ne suffit pas à remplacer l’unité de commandement. L’armée anglaise eut toujours une tendance naturelle à menacer les ports de la mer du Nord, bases des sous-marins allemands ; une offensive n’était guère possible sur ce terrain que pendant le milieu de l’été et devait se heurter à une préparation défensive très forte, à moins qu’une entreprise sur un autre point du front eût drainé les réserves allemandes. La seule tentative sérieuse, celle d’août 1917, menée avec la participation d’une armée française, fut commencée trop tard, ne remporta qu’un succès limité et n’atteignit pas ses objectifs. — Dans la défensive, l’unité de commandement s’imposa impérieusement à la fin de mars 1918.

Le commandant du corps expéditionnaire garda toujours les prérogatives de son autorité. Le maréchal French qui, avant la guerre, avait les meilleurs rapports avec le ministre de la Guerre lord Kitchener, entra sans hésiter en conflit avec lui. Le 1er septembre 1914, lord Kitchener arriva à Paris et témoigna