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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/807

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comment finit la guerre.

le moral et de renforcer largement l’armée. Ils signalent un mouvement contre la continuation de la lutte et contre la discipline : « Le défilage a pris une proportion effrayante, en particulier pendant les combats sous bois. » Ils reviennent à l’avis de Ludendorff et réclament un appel au peuple, non de l’Empereur, mais du nouveau gouvernement, dit Gallwitz ; de l’Empereur et du nouveau gouvernement, dit Mudra. C’est leur seule divergence. Mais la défection de l’Autriche parait dans leur esprit trancher la question et mettre fin à tout espoir de résistance.

Et tous sont d’accord avec Ludendorff pour affirmer que la baisse du moral est causée en grande partie par le fait que les effectifs ne sont pas recomplétés. Il manque dans les divisions en moyenne la moitié des effectifs d’infanterie, et parfois les deux tiers, et il est impossible de les renforcer, mais on prévoit que les pertes nouvelles ne pourront être comblées. Le général von Gallwitz remarque très justement que, dans la défensive, les effectifs peuvent baisser avec moins d’inconvénient, mais évidemment pas dans de telles proportions, et le front s’effondre faute de renforts, — voilà le fait.

Ce résultat était prévu et certainement escompté par le maréchal Foch, quand il poussait l’offensive à outrance et sans trêve sur tout le front.

Quelques chiffres permettront de le comprendre. Au commencement de 1918, l’Allemagne avait 241 divisions ; elle avait mobilisé 14 millions d’hommes au cours de la guerre. La France a au même moment 111 divisions (nous ne comptons pas une division polonaise, entretenue par des ressources spéciales) et elle avait mobilisé 7 750 000 Français du territoire national, 250 000 Arabo-Berbères de l’Afrique du Nord, 200 000 indigènes coloniaux, soit au total 8 200 000 hommes.

Donc le nombre d hommes correspondant à chaque division était de 58 000 pour l’armée allemande, de 76 000 pour l’armée française. Si l’armée allemande avait adopté le même taux que la nôtre, elle se serait contentée de 184 divisions au lieu de 247, et aurait compté 63 divisions de moins ; inversement, si nous avions pris le même taux que nos ennemis, nous aurions eu 144 divisions au lieu de 111, donc 33 divisions de plus.

L’Armée française comprenait 96 divisions en 1914, et 116 en 1915 ; mais les résultats très limités de nos offensives en Champagne et en Artois ont montré cette année-là que la guerre