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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/8

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supplément d’apport d’une réelle importance. Mais, en regard de cette augmentation, il faut placer le déchet très considérable amené par le renvoi dans les usines de 520 000 ouvriers de toutes classes et les pertes encore plus lourdes par le feu ; de sorte qu’en réalité l’effectif total employé dans la zone des armées, non seulement n’a pas augmenté, mais a été en décroissant de 1915 à 1918.

A l’inverse, l’effectif des cadres combattants a été en croissant : en 1914, nous avons commencé la guerre avec 91 300 officiers, y compris, bien entendu, les officiers de complément ; au 1er novembre 1918, nous en avions 135 600. Et cependant, le contingent officiers avait été soumis aux mêmes causes de diminution que l’effectif troupe : s’il est vrai que les usines lui avaient emprunté une proportion moins élevée, en revanche, les pertes au feu l’avaient éprouvé davantage. La proportion pour cent des morts est en effet de 18,7 pour les officiers et de 16 pour la troupe.

Et pourtant, si éloquents qu’ils soient, ces chiffres brutaux de 91 000 et de 135 000 ne mesurent pas encore l’effort d’extension fourni par le corps d’officiers. Il convient en effet de remarquer que, pendant l’intervalle de 1914 à 1918, nous avons perdu 36 600 officiers tués et au moins autant de blessés irrémédiablement, ce qui constitue un déchet minimum de 80 000 officiers. De sorte qu’en réalité la France a dû fournir, pour encadrer ses armées pendant la guerre, un contingent de 215 000 officiers au bas mot.

Que ce contingent ait subi des partes en morts de 18,7 pour 100, en grands blessés seulement d’au moins autant, en un mot, que plus du tiers de son effectif soit tombé sur le champ de bataille en tués ou mutilés, ceci atteste sa valeur morale. Que ce même contingentait passé de 91 000 à 215 000, supportant ainsi une extension de plus du double et que l’armée qu’il encadre ait été victorieuse, ceci atteste sa valeur professionnelle. Valeur morale et valeur professionnelle sans lesquelles l’effort nécessaire n’eût pu être fourni, tant l’intensité en était considérable.

Cet effort est peu connu ; il mérite de l’être.

Commandé par les conditions subitement révélées de la guerre moderne, il ne se conçoit bien qu’accompagné de certaines précisions qu’il faut présenter au public, fussent-elles hérissées de quelques chiffres.