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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/798

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une 3e le 60e jour, et trois autres s’échelonnant les 3e et 4e mois. » Le projet dont la réalisation n’avait été qu’ébauchée en 1910 nous donnait donc 6 divisions noires et il se prêtait à un bien autre développement, envisagé en 1909 et qui aurait pu recevoir son exécution au cours de la guerre.

L’Indo-Chine a donné plus qu’on ne lui a demandé. Mais on lui a demandé très peu et ses contingents étaient d’un transport difficile à partir de 1916 ; sa population de 14 millions d’habitants, de civilisation ancienne, aurait pu fournir en 1914-15 plusieurs centaines de mille hommes.

Ainsi le chiffre de 545 000 indigènes levés au cours de la guerre aurait pu être doublé dès la première année, triplé et quadruplé les années suivantes. Un million de combattants de plus, entretenu régulièrement sur le front, c’était nos forces augmentées de plus de moitié, par des contingents supérieurs à ceux que l’Amérique est arrivée à mettre sur le front de France en 1918 ; on peut donc affirmer sans contradiction possible que la guerre eût été singulièrement abrégée, si les ressources de nos colonies avaient été mobilisées régulièrement par les procédés indiqués en temps utile.

La France continentale ne contient même pas 40 millions d’habitants, mais la France d’outre-mer en a plus de 50 millions, qui augmentent rapidement, et la nécessité nous a obligés de constater leurs qualités militaires. Nous ne pouvons continuer à fermer les yeux sur ce fait : l’annexion militaire de nos colonies est réalisée. La plus grande France est créée, son union a été cimentée par le sang versé en commun sur le champ de bataille ; elle est couronnée par la victoire.

Au point de vue immédiatement pratique, notre population militarisable est plus que doublée. Sans doute, ce ne sont pas les mêmes lois que nous pouvons appliquer à des peuples si divers, et ce n’est pas de la même manière que nous pouvons utiliser des ressources situées à des distances si différentes de la métropole. Mais nous pouvons admettre d’une manière très générale qu’en temps de paix il y aura sous les armes à peu près autant de Français de couleur que de Français, blancs. Rien ne s’oppose d’ailleurs à ce que la durée du service soit différente et différent le taux du contingent.

Si, sous les tropiques comme dans la métropole, le nombre des hommes sous les drapeaux est sensiblement le même pour