Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/796

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
794
revue des deux mondes.

Il faut remarquer, en outre, qu’aucun militaire de carrière n’est resté dans nos colonies tropicales ; elles nous ont rendu 2 300 officiers, 4 500 sous-officiers, 20 000 soldats de métier ; tous ont été remplacés par les réservistes européens mobilisés sur place, et la population créole de nos vieilles colonies nous a fourni, en outre, 51 000 hommes, dont 34 000 sont venus combattre en Europe.

Ainsi, l’ensemble des colonies françaises a fourni à la métropole 545 000 indigènes combattants, largement employés dans nos troupes de choc ; 115 400 ont été tués sous nos drapeaux, soit 20 pour 100 de l’effectif, alors que, dans l’ensemble des troupes européennes, la proportion est de 15,8 pour 100 pour les hommes, 22 pour 100 pour les officiers combattants ; l’Afrique du Nord a nécessité la présence de quelques contingents métropolitains, mais nos colonies tropicales se sont gardées elles-mêmes.

À l’armistice, on comptait 83 bataillons de tirailleurs indigènes de l’Algérie-Tunisie, 12 du Maroc, 92 de l’Afrique occidentale, 17 de l’Indo-Chine, 10 de Madagascar, 1 de la Côte des Somalis, 1 du Pacifique, soit 216 bataillons, dont beaucoup à très fort effectif.

L’armée coloniale a formé trois corps d’armée (7 divisions, dont 3 en Orient) ; l’effectif des formations qu’elle encadrait (combattants et travailleurs) se montait à 600 000 hommes, Européens ou indigènes coloniaux. En outre, à la mobilisation, elle a fourni aux régiments de réserve de nombreux officiers disponibles. De tels chiffres et de tels faits répondent avec éloquence aux adversaires de notre politique coloniale, qui craignaient de voir ce nouveau domaine constituer une lourde charge pour la métropole en cas de conflit européen. Ils répondent aussi aux détracteurs de l’Armée coloniale qui lui reprochaient d être à peu près inutilisable dans la guerre en Europe.

Les rapports d’opérations, les journaux de marche des grandes unités et les résultats obtenus sur le champ de bataille témoignent de la valeur de tous ces contingents, aussi bien que l’admiration de leurs compagnons d’armes, les fourragères et les décorations de leurs drapeaux. Il faut y joindre le témoignage de l’ennemi, qui exagère, non pas le courage, mais le nombre de nos soldats indigènes coloniaux : ils se sont comportés de telle sorte que l’adversaire les a crus beaucoup plus nombreux qu’ils n’étaient.