Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/70

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


présente, pour vous prier de nous communiquer, par le porteur de cette missive, les renseignements que vous pourriez avoir sur cet événement qui nous a remplis d’angoisse.

« Plein d’espoir dans la bonté infinie de Dieu qui n’abandonne jamais ses enfants, le Rabbin vous envoie sa bénédiction et vous souhaite toutes les félicités possibles au sein de tout Israël.

« Par ordre du saint Rabbin, faiseur de miracles renommé, son humble serviteur,

Abraham Iankélé. »


On lut la lettre à haute voix. Tout le monde tomba d’accord pour la trouver parfaite, et féliciter Iankélé de l’élégance de son style. On la cacheta h la cire. Le Maître de poste la glissa dans la poche de son caftan, en promettant qu’à la première heure, le lendemain, il enverrait un courrier à Smiara. On but encore deux ou trois verres de thé, et sur les onze heures du soir, ses hôtes prirent congé de Reb Mosché.

Dehors brillait la lune. On entendait au loin l’accordéon geignard qui, dès que la nuit est venue, semble être la respiration du village chrétien. Sur la place de la synagogue dormait le troupeau des brebis. Heureux troupeau, qui dormait cette nuit, comme hier et toutes les autres nuits, tandis que, sous les toits des maisons, les brebis du Seigneur allaient connaître les tourments de l’insomnie et les terrifiantes visions que les démons nocturnes apportent sur leurs ailes sombres ! Une à une, les lanternes des promeneurs attardés disparurent dans les maisons. Il n’y eut plus sur Schwarzé-Temé que le silence et les ténèbres, où passait l’ombre sanglante du cruel hetman Chmelnicki…


JERÔME ET JEAN THARAUD.