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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/690

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minutieusement constatées ! » Et aussitôt la voilà en méfiance, elle se replie, prend peur : au lieu de parler nettement comme elle le fait depuis tant d’années, elle se rejette en des allusions vagues à un panier de linge qu’elle a vu passer et dans lequel on aurait pu introduire un enfant ; à un propos du docteur Desault ; à une cousine qu’elle avait, portière sur la place Vendôme et qui a donné des nouvelles du prince évadé… Les fonctionnaires devant laquelle comparaît la vieille femme tremblante la chapitrent vertement, lui font la leçon : observant, — avec juste raison, — que tout cela est invraisemblable et « n’a de consistance que par sa crédulité, alimentée par les nouvelles absurdes qui circulèrent jadis. » On lui fait peur, et c’est si vrai que la voilà protestant « qu’elle a toujours désiré le retour des Bourbons, et que tout le monde aux Incurables n’est pas dans les mêmes sentiments : elle proteste de sa discrétion, même à l’égard de ses camarades de chambrée ; elle n’est inspirée que par la conviction ou le désir de voir ses vœux réalisés… » Et elle signa ces déclarations tronquées, si dissemblables des divulgations dont elle était coutumière. On la renvoya en lui ordonnant, sous les peines les plus sévères, de ne rien dire à l’avenir.

Quand elle rentra à son hospice, elle était terrifiée : — « Je ne puis rien dire… je ne puis plus rien dire, » murmurait-elle, « il y va de ma vie ! » Les religieuses-remarquèrent que, « depuis ce temps-là, elle était triste ! » et en conclurent « qu’on avait cherché à l’intimider. » En quoi elles ne se trompaient point et ce fut l’opinion unanime de ceux qui connurent cette nouvelle obstruction. Le bruit en vint jusqu’à Rouen où Branzon écrivait au duc de Trévise qu’on avait « clos la bouche » de la femme Simon. Les partisans de Charles de Navarre étaient assez puissants pour ne pas accepter cet étouffement : ils s’adressèrent, — obstinés, mais naïfs, — à M. M… l’avocat renommé que le gouvernement prévoyant s’était empressé de fournir au pseudo-Dauphin et qui suivait en tout les instructions de M. Decazes. Or M. M… ne put refuser aux initiés la satisfaction d’interroger la gardienne du Temple : trois d’entre eux se présentèrent donc aux Incurables et obtinrent de la vieille pensionnaire un assez long entretien, — dont tous les détails étaient, peu de jours plus tard, rapportés au ministre de la Police. Moins interdite qu’à son