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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/657

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descendu. Quand l’ancien évêque de Viviers se présenta, repentant, au château de Savines, bien décidé à y vivre dans la retraite, sa mère refusa de le recevoir, signifiant qu’elle ne pardonnerait jamais la scandaleuse conduite du prélat indigne. Il accepta cet affront avec résignation et se mit à pleurer ses fautes : — « Mes yeux se sont ouverts sur mes erreurs passées, écrivait-il dès 1805… Je désavoue et je déplore de tout mon cœur les écarts sans exemple auxquels je me suis livré… Je prie le clergé de Viviers de me pardonner mes égarements et de ne s’en souvenir que pour me plaindre et prier Dieu pour moi… » Dans une autre lettre, datée de 1811, il traçait de son intérieur d’ascète un tableau si « déplorable » qu’un pieux journaliste, en rapportant ces détails, se plaisait à croire « que, dans l’excès de sa contrition, l’évêque avait un peu chargé les couleurs. » Il n’en était rien ; Mgr de Savines s’était condamné à des austérités dont la rigueur hâta sa fin, et le ciel lui épargna ainsi de nouvelles perplexités, car moins d’un an plus tard, l’enthousiaste crédulité du versatile évêque eût été soumise à de cruelles épreuves.


Si, le 3 mai 1814, Louis XVIII entrant dans Paris, imagina devoir les acclamations qui l’accueillirent à la sympathie qu’inspirait sa personne, il se flatta d’une illusion aussi trompeuse qu’injustifiée : les cris d’amour s’adressaient, non pas à lui, parfaitement inconnu de la génération nouvelle, mais à la fille de Louis XVI assise à ses côtés dans le carrosse de gala. Il y avait du repentir dans cette grande manifestation populaire et, comme l’ancien évêque de Viviers, les Parisiens battaient leur coulpe à leur façon, en s’extasiant de voir rentrer triomphalement dans leur ville cette fille de France qu’ils avaient aperçue pour la dernière fois, vingt-deux ans auparavant, conduite sous les huées, avec son père, sa mère, son frère et sa tante, vers la vieille Tour-prison que tous les siens avaient quillée pour l’échafaud ou la fosse commune. Ce fut une grande émotion quand on apprit que Madame, en arrivant à Notre-Dame où le cortège se rendit d’abord, se jeta sur son prie-Dieu et resta longtemps prosternée, le front dans les mains, secouée de sanglots et qu’elle s’évanouit en pénétrant dans ce château des Tuileries, évocateur de tant de souvenirs et hanté par tant de fantômes. De ce lointain tragique surgissait, —