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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/653

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l’armée tous les Chrétiens : , et il fut suivi, un an plus tard, le 24 février 303, d’un autre édit, le premier édit véritablement antichrétien de Dioclétien, qui imposait la destruction des temples et des livres chrétiens, la dissolution des communautés et la confiscation de leurs biens, interdisait les assemblées des fidèles et excluait ceux-ci de toute charge publique. L’édit était relativement modéré, puisqu’il ne contenait aucune menace de mort ; mais sa proclamation fut suivie de grandes perturbations. Une sédition éclata en Syrie ; le palais impérial de Nicomédie fut incendié. Les ennemis des Chrétiens les accusèrent d’être les auteurs de ces désordres ; de leur côté, les Chrétiens accusèrent leurs ennemis d’exciter contre eux, par des tumultes provoqués à dessein, la colère de Dioclétien.

Il est impossible de décider de quel côté étaient les torts. En revanche, ce qui est certain, c’est que ces tumultes provoquèrent un second édit, beaucoup plus dur. Cat édit ordonnait l’emprisonnement des évêques, des prêtres et des diacres, qui se refuseraient à consigner les livres sacrés, ces muets dépositaires, pour l’autorité romaine, de la doctrine séditieuse. Mais Dioclétien répugnait évidemment à pousser les choses à l’extrême, si bien que, dans la seconde moitié de la même année, le 17 septembre 303, il prit occasion de la grande solennité publique des Vicennalia, c’est-à-dire les fêtes en l’honneur du vingtième anniversaire du gouvernement des deux Augustes, pour promulguer une sorte d’amnistie générale. Tous les prisonniers chrétiens qui se déclareraient prêts à revenir ouvertement à la vieille religion, devaient être ternis en liberté. Quant aux autres, ils ne pouvaient bénéficier de la grâce, et même, en raison de leur obstination insensée, ils devraient être, à l’avenir, traités plus sévèrement.

Ces édits sont le document le plus éloquent de la puissance du Christianisme. Ils témoignent clairement de l’hésitation d« Dioclétien à se lancer contre un ennemi qu’il savait nombreux et fort. Comme toujours, quand un État se trouve aux prises avec un danger qu’il n’a pas la force d’éliminer, Dioclétien eut lui aussi recours à des demi-mesures, lesquelles ne pouvaient avoir d’autre résultat que d’aggraver le mal. La résistance des Chrétiens s’exaspéra et l’Empire fut contraint à user des mesures de rigueur, dont il s’était d’abord abstenu. A la fin de 308 ou de 309, Dioclétien tomba gravement malade et Galère