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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/648

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renforcer la défense de l’Empire. L’augmentation de l’armée devait compléter la réforme administrative. Il fallut quadrupler les gardes du corps des empereurs, ajouter aux anciens prétoriens les nouveaux, qui seront les milites Palatini et Comitatenses. Il fallait aussi augmenter les effectifs militaires. Dioclétien les porta de 350 000 soldats à 500 000, et augmenta proportionnellement bien plus le nombre des officiers. Pour encadrer plus fortement chaque légion et être sûr de sa fidélité, il réduisit les effectifs et multiplia les tribuns militaires.

La pluralité des cours, le développement de la bureaucratie centrale et provinciale et l’augmentation de l’armée exigeaient beaucoup d’argent et de nouvelles ressources pour le budget. Dioclétien y pourvoit avec beaucoup d’énergie et d’ingéniosité. Il commence par décréter une révision générale de la valeur des terres, un nouveau cadastre, comme on dirait aujourd’hui, et, au fur et à mesure, introduit un nouveau système d’impôts, uniforme pour toutes les provinces, mais devant tenir strictement compte de la qualité des terrains et de leur rendement. A cet effet, il crée une nouvelle unité fiscale, dénommée selon les lieux, jugum, caput, millena, centuria, qui comprenait des terres de nature diverse et de différente extension, mais dont l’ensemble devait avoir une valeur identique et, par suite, fournir une identique contribution. Par exemple, 5 jugera de vignes ou 20 jugera de terres cultivables de première qualité, faisaient un jugum, tandis que pour arriver au même résultat, il fallait 40 jugera de seconde qualité et 60 de troisième ; et quelle que fût la culture, il en fallait davantage, si le terrain était en montagne, et moins, s’il était en plaine. La perception de l’impôt fut réglée avec le plus grand soin. La somme que l’État imposait à une circonscription fiscale, comprenant donc un certain nombre de juga, était notifiée aux décurions (les membres du petit Sénat de chaque ville), lesquels en répartissaient le montant entre les propriétaires et les locataires du sol publie (possessores), en exceptant ceux qui n’en détenaient qu’une faible portion, et surveillaient de près le recouvrement, car ils étaient responsables de ce qui viendrait à manquer. Le système tributaire apparaissait donc comme parfait et de rendement assuré. Il fut complété par une grande réforme monétaire destinée à éliminer le cours forcé et à assainir la circulation.