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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/636

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Vient de naître en ce simple instant
Où la faible fleur, qui décide
Avec son arôme ténu,
Que le bonheur est revenu,
A, dans le soir humide, acide,
Perçu le cri neuf, entêté,
D’un humble oiseau ressuscité….


REFUS


Charme d’un soir de mai, que voulez-vous me dire ?
Comme un corps plein d’amour vous venez contre moi,
Pourtant à peine suis-je une âme, je respire
Humblement, comme l’herbe et les oiseaux des bois.

Pourquoi m’invitez-vous ? Je me tais, je sommeille,
Je goûte un frais repos, malgré l’immense odeur
Du printemps installé, qui répand à l’oreille,
A l’œil, à l’odorat ses multiples ardeurs.

Forces de la nature, acceptez que je chôme !
Laissez que mon esprit jouisse d’être seul,
Avec ses feux voilés, pareils à des fantômes,
Mais retenez un peu, ô nuit, ô lourd tilleul.
Le mol ouragan des arômes !…


ÉTONNEMENT


Se peut-il, Univers sans mémoire et sans voix,
Qui tires ton éclat de la ferveur humaine,
Qu’il te faille abolir ta triste énergumène
Et que, te contenant, je me défasse en toi ?

Jamais aucun mortel n’aura ces yeux qui tremblent
De plaisir et d’ardeur devant les feux du jour.
Privilège divin d’un formidable amour,
Je ne puis te léguer un cœur qui me ressemble !