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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/634

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SOUPIR


Plus je vis, ô mon Dieu, moins je peux exprimer
La force de mon cœur, l’infinité d’aimer,
Ce languissant ou bien ce bondissant orage ;
Je suis comme l’étable où entrent les rois Mages
Tenant entre leurs mains leurs cadeaux parfumés :
Je suis cette humble porte ouverte sur le monde.
La nuit, l’air, les parfums et l’étoile m’inondent…


LA RÊVERIE


Il est dangereux de rêver, Desdémona !
Shakspeare.


Quand enfin votre esprit devient distrait et vague
Après l’immense amour dont vous m’entreteniez,
Mon ardeur se défait et sur vous vient régner
Comme l’écume sur la vague.

Le jour d’été s’éteint dans l’espace endormi ;
Vous parlez d’une voix que j’entends à demi,
Etant heureux et doux, vous me croyez contente ;
Vous ne pouvez savoir quel infini me hante
Ni quels divins secrets j’échange avec le soir.
Ma fraternelle main sur votre front s’allonge,
Vous contemplez mes yeux comme un calme miroir,
Et nous sommes baignés d’un vaporeux mensonge,
Vous étant confiant et moi celle qui songe…


INTERROGATION


S’il est quelque autre chose au monde que l’amour,
S’il est quelque autre attrait, quelque autre récompense
A travers la multiple et prodigue dépense
Que l’homme fait de soi en luttant chaque jour,