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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/633

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Que j’avais le désir, — tant la pitié m’oppresse, —
De mourir, pour cesser d’éprouver la détresse
De ne pouvoir aider et sauver de tout mal
Cette enfant inconnue et cet humble animal.
— Et puis nous avons dû subir le sort terrible
De voir tout ce qui vit et luit passer au crible
De la hideuse mort qui rendait en lambeaux
Tout ce qu’elle avait pris, si riant et si beau !
Avoir fait de ces corps de si larges semailles
Que partout où l’an est, que partout où l’on aille
L’on entende germer des morts adolescents !
— Jardin de mon enfance, il n’y a pas de sang
Parmi l’éclosion de vos plantes naïves.
Un léger volant d’eau se défait sur la rive
Et couvre, on s’épandant, de sa fraiche clarté,
Mille petits cailloux chassés et rapportés,
Qui font un bruit secret et glissant de rosaire.
Une joie assurée, et qui n’est pas altière,
Pénètre le tissu des sirupeuses fleurs.
Un roitelet, gonflé de moelleuse chaleur,
Menant dans un sapin sa course étroite et vive,
Semble un fruit remuant sur la branche passive.
— O candide beauté des riants éléments :
L’azur, l’onde, le sol, tout est envolement !
L’abeille aux bonds chantants, vigoureusement molle,
Roule, tangue, s’abat de corolle en corolle ;
Dans l’éther sans embu, et pareil au cristal,
L’oiseau sème ses cris comme un blé musical ;
Les blancs pétunias, créponnés, qui se fanent
Dès qu’on veut les toucher ou bien les respirer,
Semblent, dans leur faiblesse humide et diaphane,
Un défaillant bouquet de papillons sucrés !
— O Nature divine et fidèle à vous-même,
Exemple du labeur, exemple de l’amour,
Puisqu’il faut que l’on vive et qu’il faut que l’on aime,
Enseignez par l’éclat éblouissant du jour
Les cœurs les plus étroits et les fronts les plus sourds !