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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/632

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Poésies


POÉSIES




VERS ECRITS EN ALSACE POUR UN JARDIN DE SAVOIE


Quand deux pays sacrés font retour à la France,
Quand mon cœur les choisit comme un plus fier séjour,
Je sens un susceptible et poétique amour
Me ramener vers vous, jardin de mon enfance,
Dispensateur de tous les biens que j’ai connus !
Je revois vos rondeurs, vos chemins bien venus,
La rose, comme un fruit d’automne, blanche et blette,
Le froid pétillement argentin des ablettes
Dans un lac, ile d’eau que baignent des prés verts,
La pureté subtile, infantile de l’air
Où, même aux j’ours très chauds, l’on sent jouer, fondue,
La neige en vif velours, des sommets descendue,
Qui vit l’aconit bleu et le frais arnica…
Je ressens, en songeant, le bonheur délicat
De voir, de respirer, que l’on avait naguère,
Ce doux je ne sais quoi d’avant la grande guerre,
Quand le cœur n’était pas à jamais abattu
Par ce qui fut possible et qu’on n’avait pas cru.
— Dans ces temps bienheureux où les étés brasillent,
Une enfant sur la route, affamée, en guenilles,
Un âme dont le faix ensanglantait le dos,
Etaient toujours pour moi un si cruel fardeau