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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/629

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ou moins avéré. Les Américains n’ont pas perdu la mémoire des difficultés semblables qui surgirent, dans leur propre pays, entre patriotes à l’esprit élevé, à la fin de la Révolution, et de nouveau à la clôture de la guerre de Sécession. Nous, hommes des Etats Unis, nous serons patients et nous efforcerons de porter nos regards au-delà et derrière ces conflits superficiels, en premier lieu parce que notre peuple comprend l’Europe comme il ne l’avait jamais comprise jusqu’ici ; en second lieu, parce que nous sommes attachés aux nations européennes victorieuses par des liens plus forts et plus affectueux qu’aucun de ceux qui ont existé dans le pissé. » Voilà dans quels termes s’exprimait, au lendemain de l’armistice en décembre 1918, le professeur Nicolas Murray Butler. Il rendait par avance hommage à l’esprit dans lequel les conditions de la paix seraient arrêtées. Il mesurait les difficultés du traité à intervenir et répondait, dès lors, aux critiques qui ne manqueraient pas de lui être adressées. Il invoquait le souvenir des époques les plus glorieuses et aussi les plus semées d’écueils de la grande République : ni en 1783, ni en 1865 la tâche de ceux qui eurent à fixer ses destinées ne fut aisée. Seule, la suite des temps a démontré la sagesse des règlements qui intervinrent alors. M. Nicolas Murray Butler demande que crédit soit fait au traité de paix et il invite le monde à être patient, comme le furent, dans les circonstances solennelles qu’il rappelle, les citoyens américains.

Nous sommes particulièrement heureux d’invoquer ce témoignage. Tant de légendes ont été répandues en France sur l’altitude des Etats-Unis ; nous avons si vite oublié l’aide incomparable qu’ils nous ont apportée ; nous avons tellement négligé de nous instruire de leur politique intérieure et de chercher à comprendre les motifs du différend qui s’est élevé entre le président Wilson et le Sénat ! Il est bon de rappeler à nos compatriotes que le traité de Versailles fut aussi l’œuvre de nos « associés » et que nous les retrouverons, à un moment donné, disposés à en faire exécuter les clauses. Au moment où s’élaborait le règlement, nous manifestions parfois de l’impatience, du mécontentement, et nous accusions volontiers certains de nos amis de ne pas tenir un compte suffisant de nos justes droits. Aujourd’hui, nous portons un jugement plus calme sur le traité. En constatant qu’il est loin de nous donner satisfaction sur tous les points où nous le méritions, nous