Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/587

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Un Suisse, M. Alexis François, professeur à l’Université de Genève, ne pense pas autrement ; il a dit avec force que « cette abdication, » ou tout au moins « ce recul » de la langue française dans la diplomatie, ne paraissent pas conformes aux vrais intérêts du monde. On s’était à peu près mis d’accord sur une langue unique : c’est un progrès qui méritait, déclare-t-il, quelque respect. La langue française avait fait ses preuves comme instrument des accords internationaux ; la Convention de Genève, qui fut tout entière débattue et rédigée en français, et qui dure encore après cinquante ans, en témoigne. En pourra-t-on dire autant du Pacte de la Société des Nations ? « Regrettons qu’il n’ait pas été tout de suite écrit en français, et soyons sûrs que cette opération deviendra nécessaire tôt ou tard pour le plus grand avantage de l’humanité. »

Regrettons-le avec ce témoin impartial ; souhaitons, avec lui, cette réparation. Et puis constatons que la guerre ne nous a pas apporté uniquement des sujets de plainte ; que les décisions de la politique ne sont pas toujours d’accord avec le sentiment national, et que, chez la plupart des peuples, le sentiment national se déclare ouvertement pour la France : il nous reste à voir les appels qu’on nous adresse, les promesses qu’on nous fait, les secours qu’on nous apporte, et, dès maintenant, les gains assurés de la langue française dans le monde.


PAUL HAZARD.