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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/575

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par soi-même, il fit personnellement une enquête auprès de toutes les associations internationales ; d’où il résulta qu’elles peuvent exercer, et qu’elles exercent en effet leur activité sans trop d’encombre au moyen des trois langues principales qui se sont imposées comme moyen de communication, et plus spécialement du français. Inlassable, il renvoya ces résultats aux mêmes associations, en leur présentant une manière de statut linguistique, très sage et très modéré, dont le premier article est celui-ci : « Il est désirable que les associations internationales n’admettent officiellement, tant comme langues parlées que comme langues écrites, que le français, l’anglais et l’allemand, en donnant autant que possible la prééminence au français. » Tout ce travail tut présenté au Congrès de Gand, en septembre 1913. Les choses en étaient là lorsque la guerre survint.

Or voici qu’un organisme nouveau sort des ruines qu’elle a laissées après elle. Les hommes qui ont eu la lourde tâche de la mener jusqu’à la victoire ont considéré que les conventions diplomatiques, nécessaires pour liquider le passé, n’étaient plus suffisantes, et qu’il fallait invoquer des principes plus hauts. Ils ont conçu une autre ambition que celle d’enregistrer, sans plus, les changements du monde. Ils ont voulu constituer la Société des Nations. Raillée par les sceptiques, incertaine et vacillante encore, voici pourtant qu’elle commence à vivre, cette Société idéale, qui doit défendre la personnalité morale de chaque peuple, et en même temps les unir tous par un lien puissant, capable de satisfaire l’aspiration universelle à la paix dans la justice. Elle est un principe d’ordre dans la grande misère de notre temps ; elle est un espoir qui brille au milieu de tant d’obscurité. Les faibles et les opprimes s’adressent à elle comme à un tribunal ; on attend d’elle les décisions qui apaiseront les conflits ; les hommes de bonne volonté suivent, anxieux, ses progrès et le développement de ses forces.

Ne faut-il pas, avant toutes choses, que ceux qui la représentent parlent un commun langage ? Ne faut-il pas, pour sauvegarder ce bien si précieux, si fragile, qu’est l’union des cœurs et des volontés, ne faut-il pas éviter toutes les causes de malentendus, et d’abord celles qui viennent seulement des mots ? N’est-elle pas justement l’opposé de la Babel primitive,