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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/569

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I. — LE CONSENTEMENT UNANIME ET LA TRADITION SÉCULAIRE

Ce fut d’abord une habitude sociale, que l’Europe prit tout doucement.

Il y avait les rois qui rêvaient de Versailles, et qui, en attendant que les architectes leur eussent bâti un palais tout semblable à celui du Roi-Soleil, parlaient la langue de sa cour. Il y avait, précisément, les courtisans ; et les dames et la société et les bourgeois éclairés, qui apprenaient la langue des élégances. Nos livres se répandaient à travers toute l’Europe, non seulement les graves, mais les frivoles ; les traités de philosophie avec les romans ; articles de foi, articles de modes, leçons de sagesse et leçons d’amour. Nos savants, par leur clarté sans égale, obligeaient les savants des autres pays a parler comme eux, s’ils voulaient être entendus ; nos artistes exportaient notre vocabulaire, en même temps que nos tableaux et nos statues ; nos marchands, — car nous étions alors les plus nombreux, et l’on rencontrait des Français sur tous les points du monde, — nos touristes, nos professeurs, voire nos aventuriers, tous faisaient école, à leur façon. Nos réfugiés formaient des colonies, qui devenaient des centres de propagande : en quelle langue s’imprimaient les gazettes de Hollande, sinon en français ? Notre Académie, par son autorité au loin répandue, par sa surveillance constante, donnait à cette expansion un cours régulier et irrésistible. Mais parmi tant de causes diverses qui assurèrent peu à peu la prédominance du français, nous ne trouvons ni la force des armes, ni les desseins de la politique. Cette invasion n’est pas violente ; elle n’est même pas préméditée. Ecoutons ici les spécialistes. M. Ferdinand Brunot qui, dans sa magistrale Histoire de la langue française, a voulu étudier les titres du français hors de France « dans un moment où il s’agissait pour un grand et noble peuple de sauver sa vie et sa place dans le monde, » s’exprime sur ce point, démonstration faite, de la manière la plus catégorique. « La diffusion de la langue française hors des frontières du royaume,