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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/546

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est là dans le Saint Lieu et que mille démons avinés rugissent là, sur l’almémor :

Murmures et railleries,
Sont arrivés jusqu’aux Oreilles de l’Ataman farouche.
Alors lui, de son bras puissant,
Il enlace la belle Persane.

Ses yeux se sont remplis de sang,
Ses noirs sourcils se sont froncés,
Voici l’orage qui approche…

Et à mesure que le chant se développe, il semble que sans cesse des voix nouvelles, accourues de partout, se mêlent à ce chant démoniaque, et que maintenant ils sont dix mille, tant le fracas va grandissant !… Alors, accablé par la tempête, le malheureux Hazën, d’un geste de la main, arrête la prière, ne voulant pas répandre plus longtemps les paroles divines dans un air profané par ces hurlements sauvages. Et dans la synagogue, plongée dans une stupeur profonde, les Juifs écoutent en silence la chanson forcenée qui, s’ils avaient pu la comprendre, les aurait consternés d’horreur.

Déjà de son bras vigoureux,
Stenka Razine soulève la Persane,
Et dans le flot qui vient à lui
Il la lance par-dessus le bord.

Et très loin, sur les deux rives,
On entend sa voix qui résonne :
Volga, Volga, fleuve mère,
Reçois dans tes eaux la Belle !

Volga, Volga, mère chérie,
Volga, Volga, fleuve mère, t’a-t-on jamais fait un cadeau,
Un cadeau pareil à celui que te fait aujourd’hui
Le cosaque du Don ?…

Et vous là-bas, les diables, pourquoi donc cet air abattu ?
Danse donc, Filka le démon !
Et nous autres, mes frères, entonnons la chanson hardie,
En mémoire de son âme…

Et comme la bourrasque d’hiver, poussant la porte mal