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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/539

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comment finit la guerre.

tère de la capitulation sollicitée. Aussi, lorsque Erzberger, chef de la délégation, déclara « venir recevoir les propositions de l’Entente, » le maréchal répondit qu’il n’avait aucune proposition à faire. C’est seulement après que les délégués reconnurent qu’ils étaient venus « demander l’armistice » qu’ils entendirent la lecture de ses conditions immuables, sans avoir la possibilité de les discuter. Le gouvernement allemand avait trois jours pour répondre ; il s’inclina, et l’armistice entra en vigueur le 11 novembre à 11 heures.

À ce moment, la révolution avait éclaté en Allemagne. Partout des conseils d’ouvriers et de soldats prenaient le pouvoir. Le 9, le prince Max de Bade annonçait l’abdication du Kaiser sans l’avoir consulté et était lui-même emporté par le courant irrésistible ; la République était proclamée ; tous les trônes s’écroulaient. Sur le front, les troupes tenaient encore par places, mais les armées étaient entièrement désorganisées. Calculée pour enfoncer un front solidement défendu, l’attaque des Alliés en Lorraine n’eût rencontré devant elle qu’une faible résistance sur les premières positions, et elle eût progressé presque sans pertes. Toute la ligne allemande tombait d’un seul coup, de la Suisse à la Hollande.

Entrant dans les Allemagnes les armes à la main, les Alliés y eussent apporté l’ordre et la liberté. La nécessité de vivre eût amené les armées à traiter avec les gouvernements locaux, à les connaître, à les improviser là où ils n’existaient pas encore. Successivement délivrés du joug prussien, les États allemands auraient retrouvé leur existence propre, et déterminé en pleine indépendance le caractère du lien fédéral qu’ils voulaient pour les réunir. La paix aurait été tout autre.

Général Mangin.