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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/536

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note de Wilson, le moral s’effondra ; on vit qu’il s’agissait de notre existence… » Et le vice-président Friedberg : « Aucun homme ne sait où il en est, et tous se frappent la tête pour savoir comment il se fait que l’on se trouve brusquement devant une telle catastrophe. »

Fatigués par la longueur de la guerre et par les privations, déçus par les résultats des offensives, les peuples allemands avaient accepté docilement toutes les explications de la presse sur les replis successifs et n’avaient jamais douté de la victoire fructueuse qui devait terminer cette longue épreuve. Et voici que tout d’un coup, elle se terminait en défaite, peut-être en désastre… Ils constatent pour la première fois qu’ils ont été trompés et la sensation de la réalité les réveille de leur rêve.

Mais comment, dans cette situation terrible, leur demander un effort exceptionnel comme la levée en masse, ou simplement le départ pour le front des contingents importants que pourraient à la rigueur fournir certaines catégories de fonctionnaires et les hommes qualifiés d’indisponibles et qui sont employés au service des places à l’intérieur ? « Je crois volontiers que l’on peut encore mobiliser pour l’armée plusieurs centaines de milliers d’hommes, dit Scheidemann, mais on s’illusionne en croyant que ces centaines de milliers vont améliorer le moral de l’armée. Je suis persuadé du contraire. » Finalement, aucune mesure d’ensemble ne parait possible, et le temps se passe en discussions stériles.

Le 23 octobre, dans sa troisième note, le Président Wilson spécifie que les conseillers militaires des Alliés détermineront les conditions de l’armistice de façon à garantir « les mesures nécessaires pour rendre impossible la reprise des hostilités par l’Allemagne ; » il constate que les changements politiques qui viennent de s’accomplir en Allemagne sont insuffisants pour permettre au peuple allemand de faire prévaloir sa volonté sur celle des autorités militaires de l’Empire, et indique nettement qu’il ne peut proposer à ses alliés de traiter avec les auteurs responsables de la guerre. Dans toute l’Allemagne et dans les pays neutres cette déclaration est comprise comme une mise en demeure d’écarter Guillaume II et le Kronprinz du gouvernement de l’Empire ; l’abdication du Kaiser en faveur de son petit-fils apparaît comme le seul moyen de sauver la dynastie des Hohenzollern. L’ambassadeur d’Allemagne à Berne mande que,