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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/527

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comment finit la guerre.

Au cours de sa polémique avec le Haut-Commandement, le Gouvernement allemand fut amené à publier un certain nombre de documents officiels qui permettent de suivre la marche de l’idée de paix dans les milieux dirigeants. C’est d’abord le Conseil du Trône du 14 août, où le Chancelier constate que l’opinion est fatiguée de la guerre et que le peuple manque de vivres et de vêtements ; en revanche, chez l’ennemi, l’espoir de vaincre et la volonté de combattre se sont fortifiés ; les Alliés croyaient pouvoir écraser les Puissances centrales grâce à leurs réserves en hommes et en approvisionnements de toute nature ; ils peuvent aujourd’hui aider le facteur « temps » par des succès militaires. Les neutres sont fatigués de la guerre et aspirent à la paix ; d’une façon générale, ils désirent la victoire de l’Entente, dussent-ils y coopérer ; quant aux alliés de l’Allemagne, l’Autriche est au bout de ses forces, la Bulgarie y touche, la Turquie est un poids lourd à porter. — Le maréchal Hindenburg l’a déclaré : « Il ne nous est plus possible d’espérer que nous pourrons briser, par des actions militaires, la volonté de combattre de nos ennemis ; la conduite de nos opérations doit se donner pour but de paralyser peu à peu, par une défensive stratégique, la volonté de combattre de nos ennemis. » Le Kaiser et le Kronprinz demandent une discipline plus vigoureuse à l’intérieur. Guillaume II déclare qu’ « il faut guetter un moment favorable pour s’entendre avec l’ennemi, » en utilisant la médiation de certains États neutres, et que la propagande doit se faire très active, non pas au moyen de fonctionnaires, mais par des personnalités autorisées qui recevront leurs directives du ministère des Affaires étrangères. — Le Chancelier compte entamer des pourparlers avec l’ennemi après le premier succès qui sera obtenu sur le front occidental. — Le maréchal Hindenburg déclare « qu’on réussisse à se maintenir sur le sol français, et qu’ainsi on soumettra finalement l’ennemi à notre volonté. »

La pauvreté de ce procès-verbal est stupéfiante ; plusieurs des orateurs y ont ajouté après coup des déclarations écrites sans enrichir son indigence. Hindenburg sait très bien qu’il est beaucoup plus difficile de se défendre que d’attaquer ; Ludendorff le répète à toutes les pages de ses Souvenirs de guerre ; ils n’ignorent pas que l’armée américaine compte 2 600 000 soldats et s’accroît tous les jours ; que 1 400 000 Américains sont en France, dont le nombre augmente de 300 000 par mois : com-