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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/505

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comment finit la guerre.

conquis en avril 1917 et d’y laisser seulement, comme sur toute la première ligne, des ilots de résistance pour dissocier l’attaque allemande et la maintenir sous le feu bien réglé de la défense. La préparation morale valait la préparation matérielle ; le 7 juillet, le général Gouraud disait à ses troupes : « Nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre ; vous sentez tous que jamais une bataille défensive n’aura été engagée dans des conditions plus favorables. Nous sommes prévenus et nous sommes sur nos gardes. Vous combattez sur le terrain que vous avez transformé par votre travail et votre opiniâtreté en citadelle redoutable. Le bombardement sera terrible. Vous le supporterez sans faiblir. L’assaut sera rude, dans un nuage de poussière, de fumée et de gaz, mais voire position et votre armement sont formidables… Cet assaut, vous le briserez et ce sera un beau jour… »

L’attaque, fixée au 12, eut lieu seulement le 15. Des prisonniers faits la veille en avaient révélé l’heure, si bien que le tir français de contre-préparation put précéder le tir allemand, qui commença à minuit 12. L’infanterie allemande s’avança à 4 heures 30. Son élan fut ralenti, morcelé, contenu entre la première et la deuxième ligne par la magnifique résistance des détachements sacrifies dans ce dessein. Mises en branle à l’heure fixée, les troupes chargées d’exploiter le succès se mélangent avec les troupes d’attaque arrêtées ou rejetées, et cet entassement subit des pertes énormes sous les coups de l’artillerie française qui fait rage.

Les Allemands furent complètement surpris par l’emploi d’un dispositif qu’ils connaissaient fort bien, puisqu’ils l’appliquaient depuis plus d’un an. Dès midi, les Ire et XIIIe armées allemandes étaient arrêtées devant la position choisie par le général Gouraud, et il pouvait donner l’ordre de reprendre dans la première position toute la ligne des réduits qui retomba entre ses mains dans la soirée. Ce brillant succès consacrait sa victoire.

À gauche, la VIIe armée franchit la Marne, bien qu’un officier fait prisonnier eût renseigné les Français : l’opération avait été très bien préparée. La progression s’arrêta à 5 kilomètres de la rivière, devant une résistance qu’elle ne pouvait vaincre sans l’appui de l’artillerie, restée sur la rive nord. Entre Reims et la Marne, devant la 5e armée Berthelot, qui était sommairement établie depuis peu de semaines dans une organisation de fortune,