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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/497

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comment finit la guerre.

jours suivants, — la 6e armée Duchesne, qui avait 8 divisions en première ligne et 4 en deuxième ligne. La deuxième position française était, à ses deux extrémités, très rapprochée de la première. En outre, les divisions de première ligne avaient ordre de tenir à tout prix une position de résistance très voisine de la première tranchée. L’ensemble de ces dispositions, approuvé par le Haut Commandement, était commandé par le grand intérêt de garder le Chemin des Dames, qui d’ailleurs, à la suite de la campagne de 1917, apparaissait comme à peu près inexpugnable, mais il n’est pas de position imprenable par elle-même, et les divisions françaises avaient à défendre un front trop grand pour leur effectif.

Cette offensive fut préparée et exécutée dans des conditions analogues à celle du 21 mars. Le même secret l’avait entourée ; c’est seulement la veille de l’attaque que deux prisonniers la firent connaître. Préparée par un formidable bombardement de trois heures, principalement en obus toxiques, l’attaque d’infanterie partit au petit jour. À l’Est de Craonne, les chars d’assaut aidèrent puissamment l’attaque allemande, qui déborda le Chemin des Dames en même temps qu’il était enlevé de front, et toute la première position française tomba d’un seul coup. En outre, l’attaque allemande arriva sur l’Aisne en même temps que les débris des troupes qui s’étaient défendues au nord de la rivière et les ponts, très nombreux, tombèrent presque tous aux mains de l’assaillant avant qu’on put les détruire. Par une crainte, sans doute exagérée, de les voir sauter sous le bombardement ennemi, les fourneaux anciens n’avaient pas été chargés à temps, et l’ordre de destruction que seul le commandant de l’armée pouvait donner fut trop tardivement délégué : mais la rapidité de l’avance allemande dépassa toutes les vraisemblances, et il était impossible de donner cet ordre alors que l’artillerie de l’armée se trouvait en grande partie sur la rive nord.

En quatre ans, et particulièrement pendant l’offensive de 1917, les points de passage sur l’Aisne s’étaient multipliés et tout avait été fait pour faciliter les ravitaillements et les manœuvres en supprimant cet obstacle. La difficulté de le rétablir à l’improviste sous le feu s’explique donc. Bien souvent, par la destruction prématurée d’un pont, un revers s’est changé en désastre, en livrant à l’ennemi des troupes en retraite acculées à une rivière infranchissable ; les précautions pour éviter le retour